Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 12:07

 Les grands mots ont été lâchés la semaine dernière par Arnaud Montebourg, qui parle de retour d’une « politique à la Bismarck » et Jacques le Guen, qui a comparé Sarkozy à Daladier, et donc implicitement Angela Merkel à Hitler... Dans la nuance et la finesse, on peut faire mieux... Même Marine Le Pen n’avait pas osé aller jusque là...

Avec plus de retenue dans la forme, François Hollande dit plus ou moins la même chose quand il accuse Nicolas Sarkozy d’avoir cédé devant la pression allemande.

Et au fond, beaucoup d’entre nous se posent la question : l’Allemagne n’est-elle pas en train d’imposer à l’Europe et à la France sa propre vision des choses ?

Il est vrai que Mme Merkel ne cède apparemment rien sur la BCE : « celle-ci ne peut être comparée à la FED ou à la Banque d’Angleterre, » a-t-elle déclaré. Et elle a redit son opposition à toute « monétarisation » de la dette, c'est-à-dire au rachat des dettes nationales par la BCE, ou à l’émission d’eurobons.

 

Mais elle a fait de très grandes concessions, qu’on a tendance à minimiser en France : elle a accepté le principe du sauvetage de la Grèce au printemps dernier, la création du Fonds de solidarité européenne et son renforcement à hauteur de 1000 milliards d’Euros, ce qui n’est pas rien et pourrait mettre en péril la bonne santé des finances allemandes, et elle a fermé les yeux sur le rachat de créances grecques ou italiennes par la BCE, alors que le traité de Maastricht l’interdit formellement. Et surtout, elle a réussi à faire accepter par son parti, la CDU, et à faire voter par le Bundestag à une écrasante majorité – 85% !!! le principe du maintien de l’Allemagne dans l’Euro ! Ce n’est pas rien, quand Wall Street et la City spéculaient à tout va sur une sortie de l’Allemagne de la zone Euro, et donc d’une fin de l’Euro. Il faut le reconnaître : elle a sauvé l’Euro et donc l’Europe du désastre.

 

Peut-elle aller plus loin sans se déjuger ?

Si on regarde d’un peu près ses déclarations, et si non ne verse pas dans l’antigermanisme primaire, force est de constater qu’elle ne ferme pas la porte à une extension du rôle de la BCE, mais elle subordonne ce changement à un retour aux critères de Maastricht – 3% maximum de déficit du budget national par rapport au PIB – ce qui aujourd’hui est déjà considérable et ne permettrait pas d’alléger la dette compte tenu d’une croissance qui plafonne en zone Euro à 1% au mieux. Qui pourrait lui en faire grief ? Elle demande par ailleurs des sanctions plus lourdes et « automatiques » contre les pays qui ne se plieraient pas à cette discipline. Là encore, sur le principe, on ne peut qu’approuver. Et finalement, en mettant l’accent sur l’indépendance de la BCE, elle laisse Mario Draghi, son nouveau président, libre de racheter des créances d’États membres, et donc, tacitement, d’émettre de la monnaie.

 

Et qui bloque sur ce plan ? C’est bien la France, qui voudrait que ce soient les chefs d’État ou de gouvernement qui décident de la politique budgétaire des États-membres et des sanctions. Alors que Mme Merkel plaide pour un contrôle par « des institutions » à définir.

Ainsi Mme Merkel reste beaucoup plus fidèle à l’idée classique de la construction européenne par des institutions indépendantes soucieuses du bien commun, plutôt que par des chefs de gouvernements, plus prompts à défendre leur intérêt propre que celui de l’Union.

On peut discuter de l’aspect démocratique du projet Merkel. Mais rien n’empêche de soumettre ces « institutions » au contrôle du Parlement européen, et ce contrôle est expressément prévu par le traité de Lisbonne.

 

Là où on peut être moins d’accord, c’est d’abord sur la validité opérationnelle du plan Merkel. Car la maison brûle, et mettre en chantier une révision des traités paraît pour le moins optimiste. Il faudrait mettre en œuvre un plan intermédiaire, qui pourrait être confirmé ou modifié par les nouveaux traités. Et là apparaissent les difficultés. Car comment concocter un plan qui recueille l’assentiment des 17 – et même des 27, car les pays non membres de la zone Euro auront leur mot à dire ? Et beaucoup s’agacent, à juste titre, de voir le tandem Merkel-Sarkozy décider – en fait discuter sans pour le moment trouver un accord – comme si la zone Euro et l’Europe se limitaient à la France-Allemagne.

Mais ma principale critique porte sur le seul côté « austérité, discipline, sanctions » auquel se limiterait le projet. Car il ne sert à rien de revenir aux critères de Maastricht si la croissance reste absente au rendez-vous. Si en 1992 un déficit de 3% paraissait très acceptable, il n’en est plus de même aujourd’hui, quand la croissance plafonne à 1%. Et si rien n’est fait au niveau de l’Union pour relancer la machine, on ne résoudra pas le problème, et les opinions publiques pourront verser, comme c’est déjà fait en Grèce, dans l’europhobie.


L’Europe est, pour une fois, au centre de la campagne présidentielle de 2012. Il faut s’en réjouir, à condition que les candidats et leurs équipes gardent la tête froide et s’abstiennent de tomber dans la caricature ou les injures. Et proposent des plans crédibles qui ne soient pas centrés sur le seul intérêt à court terme de la France, mais bien prenne en compte, pour une fois, que la France ne peut rien sans l’Europe.

Par Claude bardot
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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 17:38

La Zone Euro s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise, sans que l’on voit le bout du tunnel. Les déclarations s’enchaînent, mais la spéculation ne faiblit pas, car la confiance n’est toujours pas revenue. Et comment le pourrait-elle ? Lorsqu’on voit l’abîme qui se creuse entre les positions de la France et de l’Allemagne – mais aussi, sinon plus encore, de la Finlande et des Pays-Bas, qui en rajoutent sur la demande allemande d’austérité, on peut légitimement être inquiet.

Car loin de se rapprocher, les positions divergent, et de plus en plus : la France s’accroche à l’idée de monétiser – ou de communautariser - la dette, ce qui reviendrait à faire supporter le poids de la garantie (mais pas nécessairement du remboursement) aux pays vertueux, Allemagne en tête, et l’Allemagne n’en veut définitivement pas et s’accroche à la seule idée de rétablir l’équilibre des finances de la zone euro en purgeant les dettes des « PIIGS », mais aussi, sans le dire, de la France. La France voudrait officialiser dans la pratique – sinon dans les traités – le rôle que joue la BCE dans la crise depuis plus d’un an, en rachetant des obligations grecques, puis italiennes, espagnoles etc. et pérenniser le FESF (Fonds européen de stabilité financière). L’Allemagne s’en tient au traité (de Maastricht) : tout le traité – c'est-à-dire le respect du plafond de déficit annuel à 3% du PIB – mais rien que le traité, et oppose un veto ferme à toute idée de faire de la BCE une vraie banque centrale comme l’est la FED, c'est-à-dire qui puisse créer de la monnaie en émettant des bons du trésor (les « eurobons »)et en prêtant à taux réduit ou nul aux États-membres.

Qui a raison ? – On pourrait dire tout le monde et personne : cela dépend du point de vue dans lequel on se place. L’Allemagne a beau jeu de dire : « cela fait dix ans que nous nous serrons la ceinture, que nous renforçons notre compétitivité, que nous axons notre politique de développement sur la croissance de nos exportations et le contrôle des dépenses publiques, pendant que vous, les « pays du Club Med », vous avez vécu comme des cigales, finançant des dépenses sociales incontrôlées par la dette. »

Mais les « pays du Club Med » peuvent lui répondre : « c’est en grande partie grâce à nous, à la forte croissance de la consommation dans nos pays, soutenue par une dépense sociale accrue et des impôts en diminution, que vous avez pu vendre vos produits chez nous. Et si vous nous contraignez à une trop grande austérité, c’est vous qui allez être les premiers pénalisés, car nous n’achèterons plus vos Volkswagen, BMW et autres Audi... ». On peut rappeler à l'Allemagne que 60% de ses exportations sont faites vers les pays de la Zone Euro... On peut ajouter que si la crise se prolonge, c’est toute la zone Euro qui souffrira, et que l’Allemagne sera prise comme les autres dans la tourmente. Il y a une certaine arrogance et un grand manque de lucidité de l’Allemagne à croire qu’elle peut s’en sortir seule et qu’elle n’a pas besoin de « traîner le boulet » des autres pays membres. Mais il y a un réel cynisme de la part de la France à demander l’aide des pays vertueux pour l’aider à sortir du bourbier où elle s’enfonce depuis des décennies.

Ainsi l’on voit que l’avenir de l’Euro – et à travers lui, de l’Europe toute entière – est menacé par des divergences franco-allemandes qui ne font que s’aggraver. On mesure tout le risque qu’il y a à faire reposer les avancées de la construction européenne sur un tandem – celui de Sarkozy-Merkel – qui au demeurant, ne brille pas par sa clairvoyance et son courage. Il n’est que temps, comme le réclament de plus en plus de voix en Europe, surtout dans les autres pays, à droite comme à gauche, de redonner la main à une véritable instance supranationale qui pourra imposer ses vues aux différents États membres et imposer une réforme profonde de la zone Euro. Utopie ? Abandon de souveraineté ? Mais où est la souveraineté, quand on voit quatre pays européens qui viennent de connaître une crise politique majeure sous la pression des agences de notation, mettre à leur tête des techniciens de la finance, dont certains, comme le nouveau 1er ministre grec, ont collaboré avec Goldman Sachs au maquillage des comptes de la Grèce pour qu’elle puisse adhérer à l’Euro ?

La Commission devrait proposer mercredi trois solutions pour permettre l’émission d’eurobons qui garantiraient les dettes de tous les pays de l’Eurozone. Enfin ! Mais deux de ces solutions passent par une modification du traité de Lisbonne. On n’est pas tiré d’affaire !

Une seule chose est certaine, et fonde mon relatif optimisme : l’Allemagne est prise au piège de l’Euro. Où elle accepte – et plus elle tarde, plus l’addition sera salée – ou elle refuse, et se saborde avec l’Euro. Car une disparition de l’Euro dont elle porterait la responsabilité mettrait ses partenaires européens dans un tel marasme qu’elle risquerait fort de couler avec eux.

Alors de grâce, Mme Merkel : mangez votre chapeau et faites semblant d’accepter avec générosité ce qui tôt ou tard vous sera imposé sans gloire par les circonstances.

 

Par Claude Bardot
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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 18:23

« Il est là l’échec de l’Euro : nous donnons aujourd’hui au monde la vision d’un continent en perdition, ballotté de sommet en sommet, sans avoir jamais pu démontrer le formidable attrait et le grand dessein d’une monnaie commune. »

Cette remarque de Vincent Beaufils dans Challenges du 27 octobre est particulièrement pertinente. L’Euro, contrairement à ce que la crise actuelle pourrait laisser croire, est un succès. Il a rempli la mission que lui avaient assignée ses pères fondateurs : Jacques Delors, François Mitterrand et Helmut Kohl : créer un lien concret, visible et puissant entre les membres de l’Union européenne et renforcer la solidarité entre les pays membres. Car il ne faut pas oublier que l’Euro est avant tout une construction politique.

Certes sa naissance est entachée de tares que l’on découvre aujourd’hui avec la crise : l’absence d’une véritable banque centrale, qui puisse créer de la monnaie en émettant des Eurobonds et en ouvrant des crédits aux pays membres à taux zéro, et d’un minimum de coordination budgétaire.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : la crise de la Zone Euro est avant tout une crise de la dette des pays membres, et non de l’Euro en tant que tel. Le principal reproche que l’on puisse faire à l’Euro, c’est d’avoir permis à des pays endettés de s’endetter plus encore, avec l’impression fallacieuse que les autres pays membres paieraient. Mais si on avait respecté plus strictement les critères de Maastricht, qui limitent à 3% de son PIB le taux de déficit d’un état membre, si on avait été plus regardant avant de laisser entrer dans la zone Euro des pays qui avaient manifestement truqué leur comptabilité nationale et qui avaient un déficit structurel monumental, on n’en serait pas là.

 

Les peuples ne s’y trompent d’ailleurs pas : il n’est pas sûr, si le référendum grec avait eu lieu sur la question  « voulez-vous que la Grèce reste dans la zone Euro ? » que la réponse aurait été négative. Les Grecs savent très bien qu’aujourd’hui une sortie de l’Euro et un retour à la drachme serait catastrophique et conduirait le pays à une crise économique et financière comme peu de pays en ont connu, y compris l’Argentine lors de la décennie passée.

Et un sondage publié par Challenges du 3 novembre vient révéler que les Français, même s’ils restent inquiets sur le sauvetage de l’Euro, sont pour le maintien de la France dans l’Eurozone à 77% !!! Il est frappant de constater que malgré les jérémiades sur l’austérité et les récriminations sur « les technocrates de Bruxelles », les Français restent très attachés à l’Europe. Ils savent au fond d’eux-mêmes qu’il n’y a pas d’avenir pour la France en dehors de l’Europe. Avis aux Marine Le Pen et autres Dupont-Aignan : l’europhobie n’a jamais été un thème porteur en France. Il est d’ailleurs curieux de constater que c’est aujourd’hui que la crise est là que les Français, comme d’autres peuples d’ailleurs, revoient leur position sur l’Europe et la monnaie unique, et réalisent qu’en temps de crise, il vaut mieux être dans un ensemble de 17 pays que tout seul. Les récentes déclarations de Jean-Luc Mélanchon, lors du débat qui a suivi l’interview de Nicolas Sarkozy, sont significatives : l’Europe n’est plus ce monstre froid et pervers qu’il faut abattre, mais seulement un système à réformer. Il se démarque ainsi habilement des Marine et Nicolas, qui sont bien seuls à continuer à prôner une sortie de la France de l’Euro.

Il reste à savoir comment l’Europe va pouvoir se tirer de ce mauvais pas. Rien ne sera réglé tant que les tares congénitales dont je parlais plus haut ne seront pas éradiquées. Et pour cela, il faudrait que les Allemands réalisent que leur obstination à n’admettre aucune évolution du traité de Maastricht et du statut de la BCE les condamne à gonfler sans fin les ressources du Fonds de solidarité et à alimenter la spéculation internationale. En ce sens, la récente déclaration de Mario Draghi, le nouveau président de la BCE, selon lequel il ne faut pas faire jouer à la BCE un rôle qui n’est pas prévu par les traités, n’est pas de bon augure...

Attendons : les contraintes de l’économie le feront changer d’avis, tout comme elles ont déjà fait évoluer la position allemande. Mais Dieu que l’accouchement de l’Europe monétaire est difficile !

Par Claude bardot
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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 17:41

Plusieurs d'entre vous m'ont fait parvenir ce texte, que je trouve fort divertissant. C'est pourquoi, au cas où vous ne l'auriez pas encore reçu, je le publie ci-dessous.

La scène se passe dans les jardins du Château Bellevue, à Berlin. Angela von Mecklemburg et Nicolas de Neuilly se sont discrètement éclipsés de la réception offerte par le roi de Prusse. On entend, au loin, les accents d'un quatuor de Joseph Haydn.

Nicolas :
Madame, l'heure est grave : alors que Berlin danse
Athènes est en émoi et Lisbonne est en transes.
Voyez la verte Erin, voyez l'Estrémadoure
Entendez les Romains : ils appellent au secours !
Ils scrutent l'horizon, et implorent les Dieux.
Tous les coffres sont vides, et les peuples anxieux
Attendent de vous, Madame, le geste généreux !
De leur accablement ils m'ont fait l'interprète :
Leur destin est scellé, à moins qu'on ne leur prête
Cet argent des Allemands sur lesquels vous régnez.
Cette cause est bien rude, mais laissez-moi plaider...

Angela :
Taisez-vous Nicolas ! Je crois qu'il y a méprise
Folle étais-je de croire à une douce surprise
En vous suivant ici seule et sans équipage
Je m'attendais, c'est sûr, à bien d'autres hommages !
Mais je dois déchanter; comme c'est humiliant
De n'être courtisée que pour son seul argent !

Nicolas :
Les temps sont durs, Madame, et votre cœur est grand
Vos attraits sont troublants, mais il n'est point décent
D'entrer en badinage quand notre maison brûle !
Le monde nous regarde, craignons le ridicule !
Notre Europe est malade, et vous seule pouvez
La soigner, la guérir et, qui sait ? La sauver
Nous sommes aujourd'hui tout au bord de l'abîme
Vous n'y êtes pour rien, mais soyez magnanime !
Les Grecs ont trop triché ? Alors la belle affaire !
Qu'on les châtie un peu, mais votre main de fer
Est cruelle aux Hellènes, et nous frappe d'effroi !

Angela :
J'entends partout gronder, en Saxe, Bade ou Bavière
L'ouvrier mécontent, le patron en colère.
Ma richesse est la leur, ils ont bien travaillé.
L'or du Rhin, c'est leur sueur et leur habileté.
Et vous me demandez, avec fougue et passion
De jeter cette fortune au pied du Parthénon ?
Ce serait trop facile et ma réponse est non !

Nicolas :
On ne se grandit pas en affamant la Grèce
En oubliant Platon, Sophocle et Périclès !
Nos anciens nous regardent, et nous font le grief
D'être des épiciers et non pas de vrais chefs !
Helmut Kohl est furieux et Giscard désespère.
Un seul geste suffit, et demain à Bruxelles
Desserrez, je vous prie, le nœud de l'escarcelle !

Angela :
Brisons là, je vous prie, la nuit est encore belle
Votre éloquence est grande et mon âme chancelle...
Mais si je disais oui à toutes vos demandes
Je comblerais la femme, et trahirais l'Allemande !

Par Claude bardot
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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 10:43

J’avais regretté après le premier débat l’absence d’intérêt des candidats pour la construction européenne. Les choses ont-elles changé à la veille de la primaire ? Pas fondamentalement.

Certes, les débats suivants ont permis aux candidats de s’exprimer sur la question. Mais quelle est la conception de l’Europe qui ressort de ces débats ? Fondamentalement, la construction européenne n’est pas le premier souci des candidats socialistes. Mais surtout, quand on entend les Montebourg, Royal ou Aubry, l’Europe n’est à considérer que dans la mesure où elle leur permet d’étendre au niveau européen leurs conceptions nationales. Comme si l’Europe ne pouvait être que la caisse de résonance de la politique française.
Oui à l’Europe si elle réintroduit des droits de douane sur les produits qui concurrencent l’industrie européenne – c’est à dire française.
Oui à l’Europe si elle uniformise l’âge de départ à la retraite sur les 60 ans auquel les socialistes prévoient (officiellement) de revenir.
Oui à l’Europe si elle sépare banque de dépôt et banque d’affaires
Oui à l’Europe si elle cesse de prôner les privatisations des services publics

Etc. etc.

Je ne suis par contre l’idée d’amener par le dialogue nos partenaires européens à considérer favorablement notre point de vue. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se produire, le libéralisme échevelé qui a dominé pendant 30 ans le système économique mondial perdant nettement du terrain, même en Grande-Bretagne, à la suite de la crise de 2008.

Mais ce qui me choque, c’est que l’on fasse de l’alignement des autres membres de l’Union sur les positions françaises la condition pour aller de l’avant dans la construction européenne. C’est d’ailleurs la position qui avait conduit MM. Fabius, Emmanuelli et autres à rejeter le traité constitutionnel en 2005. Comme si on pouvait être pour l’Europe si nos partenaires partagent nos opinions, et contre si ils sont d’un avis différent. Comme si la politique de l’Europe n’était pas la résultante d’une convergence des politiques des États membres, mais d’une sorte de credo libéral intangible et éternel inscrit dans la gènes de l’Europe. Ce n’est pas parce que le principe de libre concurrence est inscrit dans le traité de Rome que l’on doit bazarder les services publics, ou empêcher les regroupements industriels pour créer des groupes à taille mondiale, comme cela a été le cas quand la Commission a stupidement empêché Péchiney de racheter Alcan. Toutes ces dérives ne sont pas inscrites dans les traités mais viennent d’une interprétation libérale de ces traités, sous l’influence des pays de tradition libérale comme la Grande-Bretagne. J’avais d’ailleurs relevé à l’époque la contradiction qui consistait à rejeter le traité constitutionnel et par là même, à laisser les mains libres à la Grande Bretagne pour faire triompher cet ultralibéralisme que l’on dénonçait...

 

Intéressantes les réponses des candidats hier et ce matin à la question de Patrick Cohen sur France Inter : « Que ferez-vous pour sortir de la crise au lendemain de votre élection en mai 2012 ? » Tous, à l’exception de Jean-Michel Baylet, ont répondu par un arsenal de mesures bien franco-françaises, comme si le secret de la sortie de cette crise mondiale était entre les mains du futur président français. Baylet est le seul à avoir répondu : « Je vais voir les autres dirigeants européens, et en premier lieu la chancelière allemande, parce que la solution à la crise ne peut être qu’européenne. » Belle lucidité, qu’on aurait aimé voir chez les autres candidats. Mais chacun le sait, la lucidité n’est pas l’apanage des politiciens français, de droite ou de gauche, toujours plus prompts à promettre monts et merveilles qu’à prendre les problèmes à bras le corps et d’une façon réaliste...

 

Bon vote dimanche...

Par Claude bardot
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