Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Que se passera-t-il si les Britanniques quittent l’UE ? Voici le scénario catastrophe, imaginé par un journaliste anglais.
Nous sommes le 24 juin, la Grande-Bretagne vient tout juste de voter pour une sortie de l’UE. David Cameron, l’air brisé, apparaît devant sa résidence au 10 Downing Street pour dire qu’il respecte le verdict du peuple britannique.
L’atmosphère de crise est aggravée par un effondrement des places boursières partout en Europe. Les jours suivants, le gouvernement conservateur du Royaume-Uni est dévoré par des luttes intestines. Le Premier ministre n’a manifestement plus l’autorité nécessaire pour conserver son poste.
David Cameron présente sa démission et les tories convoquent des élections afin d’élire un nouveau dirigeant. Lors du second tour, Boris Johnson l’emporte sur George Osborne [le ministre des Finances] et est invité à former un gouvernement. A son arrivée au 10 Downing Street, on offre à Boris Johnson une tasse de thé avant d’être présenté à Jeremy Heywood, secrétaire du gouvernement britannique et plus haut fonctionnaire de l’Etat.
Ce dernier – dont on sait qu’il était personnellement opposé à un Brexit – se montre poli, mais ferme. Face à l’agitation sur les marchés, il explique au nouveau Premier ministre qu’il est urgent de clarifier le processus du Brexit.
La campagne favorable à la sortie de l’UE, dirigée par Boris Johnson, a fait deux grandes promesses : maîtriser l’immigration en affranchissant le Royaume-Uni des lois européennes sur la libre circulation des personnes et préserver le libre-échange avec l’UE. Jeremy Heywood précise poliment que ces deux engagements sont incompatibles. Quelle promesse tiendra-t-il ? Les contrôles sur l’immigration ou l’accès sans restriction au marché unique ?
Un accord similaire à ceux conclus par la Norvège – au titre duquel le Royaume-Uni accepterait la libre circulation des personnes, en échange d’un accès au marché unique – sera rejeté par son parti, qui exige la mise en place de mesures pour juguler l’immigration. En levant le nez d’une part de gâteau, Boris demande : “Et le Canada, alors ?” Jeremy Heywood s’attendait à cette question. Avec un mélange de peine et de sadisme, il explique pourquoi l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada n’est pas un modèle satisfaisant pour le Royaume-Uni.
A l’annonce de son retrait de l’UE, le Royaume-Uni n’aura que deux ans pour négocier un nouvel accord commercial avec l’UE. Les négociations entre l’Europe et le Canada ont commencé en 2009, et M. Hunt signale que “ce satané traité n’est toujours pas ratifié”. Le modèle canadien pose un second problème : il ne garantit pas de véritable libre-échange en matière de services. Et les services – notamment financiers – sont cruciaux pour l’économie britannique.
Boris Johnson décide qu’il faut se rendre en Allemagne et courtiser la véritable dirigeante de l’Europe. A Berlin, il est agréablement surpris par l’accueil chaleureux que lui réserve Angela Merkel. La chancelière allemande lui explique qu’elle regrette la décision du Royaume-Uni, mais qu’elle fera de son mieux pour offrir un accord juste au pays. Le Premier ministre britannique rentre confiant au 10 Downing Street. Mais, pendant les semaines qui suivent, il n’a plus de nouvelles de Berlin. Le téléphone finit par sonner, c’est tante Angela.
Elle semble navrée. Elle explique que l’Allemagne aimerait bien donner au Royaume-Uni un accès au marché unique sans lui imposer la libre circulation des travailleurs. Mais la Commission européenne déclare que c’est illégal, le Parlement européen ne veut pas en entendre parler et quant aux Français… Boris Johnson est sur le point de raccrocher pour prendre un remontant quand Angela Merkel reprend : “Il y a une chose qui pourrait faire pencher la balance.” Un long silence s’installe. “Accepteriez-vous d’accueillir 200 000 réfugiés syriens ?”
Gideon Rachman