Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Le drame des réfugiés qui a ému l’opinion publique partout en Europe et a conduit à un retournement radical des positions gouvernementales de la plupart des États membres de l’Union, après la crise grecque de cet été, met en lumière la nécessité d’accélérer la construction d’une Europe unie et solidaire. La cacophonie qui s’est manifestée à ces occasions est indigne d’un continent qui a fait de la démocratie, de la défense des droits de l’Homme et des libertés son principal étendard. Il est temps de redonner à l’Europe une âme et une vision, qui lui ont largement fait défaut depuis que les arguties juridiques, la défense des intérêts nationaux à court terme, les égoïsmes et les replis nationalistes ont pris le dessus sur les idéaux des Pères fondateurs.
Nous nous adressons à vous, députés européens, car vous avez la légitimité démocratique pour inverser cette tendance mortifère. Regardez bien et vous verrez que l’opinion publique en Europe est beaucoup plus mûre pour une avancée significative vers une union plus étroite entre les peuples européens que la plupart des politiques ne le pensent, tétanisés par les avancées des partis populistes et nationalistes qui surfent sur la peur. De Berlin à Edimbourg, d’Athènes et de Madrid à Paris, il existe dorénavant une conscience européenne que nos destins sont liés. Les manifestations à Athènes, les défilés de rue à Madrid et Barcelone, les attentats à Bruxelles, Londres ou Paris ne sont plus des évènements « étrangers », mais des évènements qui nous concernent tous au premier chef, et auxquels nous ne pouvons rester indifférents. Ce n’est pas seulement la mondialisation qui est à l’œuvre, mais un sentiment de solidarité qui émerge avec la conscience d’une communauté de destin, de valeurs, d’intérêts, qui est le propre de ce Continent.
Nous vous appelons en conséquence à vous engager clairement pour une Europe plus intégrée et plus solidaire pour que cette évolution, cette révolution de l’opinion européenne se traduise dans les institutions et la vie politique de l’Europe. Nous ne pouvons plus continuer à regarder ce qui se passe à Bruxelles et à Strasbourg d’un œil distrait ou indifférent. Nous ne pouvons plus continuer à cautionner par notre inaction les menaces graves que les partis populistes et nationalistes font peser sur ce bel édifice qu’est l’Europe unie, patiemment construit depuis 60 ans et que le monde nous envie. Nous ne pouvons plus continuer à accepter de voir dans « Bruxelles » ce monstre froid et lointain que décrivent les europhobes non souvent sans quelque raison. C’est à vous, à nous, qu’il appartient de redonner vie et dynamisme à cette construction européenne qui s’enlise dans les méandres des discussions de boutiquiers des conseils des ministres, ou des mots aigres-doux qui rappellent trop les haines du passé auxquelles l’Europe était censée mettre fin. C’est à vous, à nous, qu’il appartient de dénoncer ces peurs et ces égoïsmes qui nous entravent, particulièrement en France. C’est à vous, à nous, de faire prendre conscience à ceux qui en doutent encore que l’Europe est l’avenir de la France comme elle est l’avenir de chacune des nations qui la constituent. Que nos pays ont tout à gagner à reprendre la marche en avant vers une Europe plus unie, qui pèse sur les décisions internationales, qui n’est plus à la remorque des USA ou d’autres, qui a sa propre vision d’une économie où la finance triomphante ne fait plus la loi, qui place au cœur de son action la solidarité et les droits de l’Homme, qui reprend le flambeau de la liberté, bien délaissé par les USA depuis le Patriot Act. C’est ainsi que nos vieux pays pourront reprendre confiance en eux et retrouver la place qui était la leur dans les siècles passés. Ce n’est pas en renouant avec un nationalisme étriqué qui a conduit notre continent au suicide des deux guerres du XXe siècle et en érigeant des murs qu’on règlera les difficultés de nos pays, mais en traitant les problèmes tous ensemble à l’échelle de l’Europe. Les opinions publiques sont prêtes à le comprendre pour peu qu’on ait le courage de le leur dire clairement et de leur expliquer le monde de demain, ouvert, solidaire, accueillant à toutes les innovations, les dynamismes, les talents, d’où qu’ils viennent.
Il nous semble peu réaliste de relancer l’idée d’une convention telle que celle qui a conduit au projet avorté de 2005. Mais il y a d’autres voies. Là où existe une volonté, le chemin peut être trouvé. Vous avez le pouvoir de plein exercice et le devoir de progresser:
En conclusion,
Le Parlement européen doit cesser d’être à la remorque des chefs d’Etat et des gouvernements nationaux et reprendre l’initiative et la place que sa légitimité démocratique lui donne. Il y a urgence ; l’affaire grecque n’est pas terminée, les pressions du Royaume Uni avec le « Brexit » amorcent le détricotage de l’Union, et enfin, si l’on ne fait rien, les élections de 2019 verront le triomphe des europhobes et des populistes et la fin du rêve européen. Il vous appartient, il nous appartient de prendre dès maintenant la mesure du péril et d’initier le sursaut qui sortira l’Europe de l’ornière dans laquelle l’enfoncent chaque jour un peu plus l’aveuglement, la peur, le mensonge, les ambitions personnelles. Ne croyez pas que les opinions publiques y sont hostiles. Elles sont lasses de la situation actuelle et attendent qu’on leur montre qu’une autre voie est possible, que l’avenir des peuples européens est non pas dans un retour aux nationalismes et aux frontières fermées mais dans une union plus étroite, plus lisible, plus démocratique, plus ambitieuse, plus fraternelle.
Le souci d’avancer plus rapidement impose de réaliser ces rapprochements d’abord entre Etats de la zone Euro, auxquels pourront se joindre éventuellement d’autres qui, sur tel ou tel point, sont prêts à avancer.
De multiples propositions ont été faites par le passé (1). Aucune n’a malheureusement abouti. Nous vous demandons d’agir sans tarder pour les reprendre en les adaptant à la situation d’aujourd’hui.
N’oubliez pas que vous représentez le peuple et qu’en démocratie c’est à lui que revient le pouvoir ultime ! S’il y a une hiérarchie dans les légitimités, la vôtre est la plus forte. Vous avez le droit et le devoir moral d’aller au-delà de ce que prévoient les traités et de relancer une nouvelle dynamique sans laquelle il est à craindre que l’Union disparaisse. N’ayez pas peur !
Vous pouvez compter sur l’appui et le soutien actif des signataires de cette lettre ainsi que de leurs très nombreux adhérents et sympathisants dans tous les pays. Nous nous proposons de diffuser cette motion le plus largement possible. Ne nous décevez pas !
EUROPE AVENIR
LIGUE EUROPÉENNE DE COOPÉRATION ÉCONOMIQUE
PUISSANCE EUROPE / WELTMACHT EUROPA
SAUVONS L’EUROPE
UNION DES FÉDÉRALISTES EUROPÉENS