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Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante

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Vous avez dit souveraineté ?

Le débat fait rage : l’Union européenne, sous la pression allemande, entend exercer un droit de regard sur les budgets des États-membres. Le projet, actuellement étudié par la Commission et la BCE , prévoit que les budgets seraient soumis avant le vote par les parlements nationaux à un « visa » de la Commission et de la BCE.

Et on entend déjà nos souverainistes de service hurler : comment peut-on imaginer que des parlements, issus de la souveraineté nationale et expression sacrée de cette souveraineté, se soumettent au diktat d’une commission de technocrates irresponsables et apatrides ? Ce serait une abominable régression, une capitulation « munichoise » devant la finance mondialisée, la technocratie triomphante, et, pour tout dire, la fin des indépendances nationales.

Belle diatribe ! Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui, de cette belle souveraineté nationale ? Où est –elle, cette soi-disant indépendance nationale ? Quelle est la marge de manœuvre de gouvernements et de parlements de pays exsangues, étranglés par une dette galopante, à la merci des agences de notation, des spéculateurs en tout genre qui ont seulement anticipé les conséquences dramatiques d’une gestion catastrophique ? Quand on a une dette qui représente 100% du PIB annuel, quelle peut bien être la liberté de décision d’un parlement ? Que vaut-il mieux, être à la merci des marchés et des spéculateurs, de la bonne volonté de l’Allemagne et du FMI, ou bien d’une Commission et d’une BCE qui ont pour tâche de défendre l’Union et la monnaie commune, d’organiser la solidarité dans l’Union, de créer un front commun face à la spéculation, et qui essaye de mettre un peu d’ordre dans des finances nationales ruinées par des décennies de gabegie ?

Nos belles âmes souverainistes ne pourraient-elles pas se demander si les fossoyeurs de cette souveraineté à laquelle ils sont si attachés ne sont pas les gouvernements et les parlements qui ont creusé depuis des décennies la fosse sans fond du déficit public,  le gaspillage inconsidéré des deniers de l’État, le clientélisme des niches fiscales, les cadeaux faits aux restaurateurs, aux entreprises, aux promoteurs, aux syndicats, aux fonctionnaires – finalement à tous ceux qui ont le pouvoir de crier plus fort que les autres et de se faire entendre ?

Il me semble que loin de détruire la souveraineté des États membres, la mise en place d’un contrôle a priori des budgets nationaux restaure la souveraineté – qui se joue désormais au niveau européen et non plus au niveau national, discrédité par trente ans de laxisme et de démagogie.

De nombreux départements français viennent aujourd’hui quémander l’aide de l’État pour renflouer des finances mises à mal par des décennies de dépenses somptuaires, de gâchis éhonté de l’argent public, d’irresponsabilité financière quand ce n’était pas – souvenons-nous des scandales de la Rochelle, de Lyon et de quelques autres villes – tout simplement de malhonnêtetés avérées.

Faut-il s’offusquer que nos gouvernants ne puissent plus dépenser deux fois plus qu’ils n’encaissent ? Quand un entrepreneur pratique ce petit jeu, il ne tarde pas à passer sous le contrôle d’un administrateur judiciaire. Eh bien la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, et la France ne vont plus pouvoir vivre à crédit, en comptant sur l’Allemagne et la BCE pour les renflouer. Et je m’en réjouis ! Quand comprendrons-nous que l’État-Nation est mort et enterré, victime de l’incurie des gouvernements et de la lâcheté des parlements, que ce à quoi nous assistons lors de la discussion et le vote des budgets, qu’ils soient nationaux ou régionaux, n’est qu’une sinistre comédie dans laquelle la démocratie - la vraie - est sans cesse bafouée et ridiculisée. Quand réaliserons-nous que c’est l’Europe, ces « technocrates irresponsables », qui est en train de nous sauver du naufrage – s’ils y arrivent ? Qui va obliger l’État français à cesser de subventionner la SNCF, champion mondial de la grèviculture, à hauteur de 10 milliards d’Euros par an, si ce n’est la Commission de Bruxelles, qui tape du poing sur la table et exige un peu plus de transparence et que cessent ces subventions éhontées.

Que les souverainistes se rassurent : ils pourront désormais s’en prendre à Bruxelles aussi pour critiquer les finances nationales, en plus de la PAC, de la réglementation de la pêche au thon rouge, de l’interdiction de la chasse à la palombe et autres sports nationaux. Et nous pourrons toujours défiler de la Nation à la République pour demander le maintien de la retraite à 60 ans...

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