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Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante

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Élections britanniques : quelles conséquences pour l’Europe ?

Transposons en France ce qui vient de se passer en Grande-Bretagne : l’UMP n’a pas la majorité à l’Assemblée nationale et doit constituer une alliance avec le MODEM... A ceci près qu’au lieu d’avoir trois députés comme la formation de François Bayrou, les « Lib’Dems’ » en ont 57... On imagine les frottements, grincements et autres malaises...

Surtout que les Britanniques ne sont pas des habitués des coalitions et compromis...

Un des plus gros point de friction risque bien d’être l’Europe : A côté de Tories farouchement eurosceptiques, Nick Clegg passe pour un fervent partisan de l’Europe, et même de l’entrée du Royaume uni dans la zone Euro..

Hélas, Clegg n’est pas en situation de peser en quoi que ce soit sur la politique européenne de Londres, et il a dû sur ce point, comme probablement sur beaucoup d’autres, manger son chapeau, en acceptant la désignation de William Hague comme ministre des affaires étrangères, un eurosceptique grand teint !

Le credo de David Cameron en la matière : « Je veux rapatrier les pouvoirs européens à Londres ! » sonne comme une déclaration de guerre à l’Europe de Bruxelles !

 

Que va-t-il se passer ? Il est pour le moment assez difficile de le prévoir, mais on peut imaginer deux scénarios :

1er scénario : après ces rodomontades destinées à gratter dans le sens du poil la fibre eurosceptique britannique, la « réalpolitik » reprend le dessus, et Londres continue à tirer les ficelles de la Commission et des autres instances européennes à son plus grand profit, en faisant une concession minimale par ci par là, et en faisant de l’obstruction sur la plupart des dossiers qui ne vont pas dans le sens de ses intérêts, c'est-à-dire sur presque tout. C’est à peu près la politique suivie depuis Margaret Thatcher jusqu'à Tony Blair : accepter un minimum de compromis, pour ne pas laisser la bride sur le cou du couple franco-allemand, mais freiner autant que faire se peut toute tentative de délégation de souveraineté aux instances communautaires. Par ailleurs, tirer un maximum d’avantages des dispositions communautaires : les Anglais sont les lobbyistes européens les plus actifs et les plus efficaces.

2e scénario : Londres fait grimper les enchères. Ne pouvant revenir sur le traité de Lisbonne, puisque David Cameron a promis que, s’il était ratifié avant les élections britanniques, il ne reviendrait pas dessus, il tient parole. Mais il s’emploie autant que possible à le vider de sa substance, en multipliant les procédures d’exception, les fameuses « opt out » qui ont conduit l’Europe à accepter que le Royaume Uni soit pratiquement en dehors de toutes les avancées qui ont eu lieu tous les projets de « coopérations restreintes » qui sont explicitement prévues par le traité de Lisbonne et permettent à un groupe de pays membres d’aller plus loin dans un domaine spécifique, comme la défense, les droits sociaux etc, non directement couverts par les différents traités en vigueur.

Quel est le scénario le plus plausible ?

En fait, il y a moins de différence entre ces scénarios qu’il n’y parait. Depuis maintenant presque 40 ans que le Royaume Uni a intégré l’Europe, Londres a toujours eu deux discours : l’un à usage intérieur, pour calmer les eurosceptiques et ne pas heurter le sentiment national britannique, très sensible sur les questions de souveraineté, et l’autre, destiné à l’Europe, mais aussi à ses milieux d’affaires, en général beaucoup plus proeuropéens que la majorité des citoyens. Tony Blair n’a pas été à l’abri de ce double langage : apparemment le plus proeuropéen de tous les premiers ministres qu’a eus le Royaume Uni , il a cependant toujours manifesté la plus grande prudence pour accélérer l’intégration de la Grande-Bretagne à l’Europe, et ne s’est par exemple pas résolu à abandonner le Livre Sterling pour l’Euro ou à ratifier le traité de Schengen.

Ensuite, la Grande-Bretagne est beaucoup plus intégrée à l’Europe aujourd’hui qu’il y a quarante ans : beaucoup de Britanniques passent leurs vacances sur le Continent – certains y ont même une résidence secondaire - et ont appris à connaître les autres peuples européens.

Mais surtout, il y a le traité de Lisbonne, qui prévoit pour la première fois qu’un pays peut demander à quitter l’Union – on pourrait donc en théorie dire aux Anglais « si cela ne vous plaît pas, vous pouvez partir » - , et permet de prendre, sur nombre de sujets, des décisions à la majorité. Gageons que Londres ne se risquera pas à jouer la chaise vide et aura à cœur de jouer pleinement son rôle de membre actif, ne serait-ce que pour ne pas laisser la France et l’Allemagne prendre trop d’importance.

Peut-on imaginer que l’Europe mette Londres en demeure d’accepter ou de quitter ? Ce serait contraire à toutes les règles écrites et non écrites qui ont présidé au fonctionnement de l’Union depuis la création du Marché commun en 1958 : quand on n’est pas d’accord, on négocie, jusqu’à ce qu’on trouve un compromis, mais on ne claque pas la porte.

Pas de panique, donc. Mais il y a fort à parier que les Anglais vont compliquer encore un peu plus le jeu européen, en faisant monter les enchères et en s’opposant encore plus vigoureusement que par le passé à tout projet comprenant un tant soit peu un transfert de souveraineté... Merci à Gordon Brown d’avoir tenu jusqu’à la ratification du traité de Lisbonne par le président tchèque Vaclav Claus...!

Fort heureusement, la situation financière de la Grande-Bretagne n’est guère plus florissante que celle de l’Espagne ou du Portugal, et on peut imaginer que MM. Cameron et Clegg aient d’autres préoccupations que de mettre des bâtons dans les roues de la Commission et du président Van Rompuy. Comme par exemple la réforme du mode de scrutin en Grande-Bretagne, casus belli qui pourrait bien amener à de nouvelles élections à brève échéance. Et si jamais la spéculation décidait de s’attaquer à la Livre sterling, les Anglais pourraient regretter amèrement leur refus de l’Euro...

 

Sur l'euroscepticisme britannique, voir l'Illustration

 

Je recommande vivement l'article d'André Comte-Sponville dans Challenge de cette semaine: L'Europe, notre patrie nécessaire et fragile. Un beau plaidoyer pour l'idéal européen.

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