Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
On peut légitimement se poser la question quand on voit les difficultés auxquelles la monnaie européenne est confrontée, et surtout la cacophonie sur les remèdes à apporter et les perspectives de poursuite de la construction, c'est-à-dire de renforcement des liens qui unissent les pays membres.
Il est à peu près certain aujourd’hui que la Grèce ne sortira pas de l’Euro. Pas plus qu’aucun autre membre de l’Euroland. Comme je l’ai dit à maintes reprises, non seulement le coût en serait absolument prohibitif pour les Grecs, mais en plus, cela signerait l’arrêt de mort de l’Euro, et donc de l’Union. Car la spéculation se porterait alors sur l’Italie, puis l’Espagne, puis probablement la France. Cela signifierait une faillite de tous ces pays, des banques qui leur ont prêté, et finalement, c’est tout le système financier mondial qui serait secoué par un séisme auprès duquel la crise de 2008 ou même celle de 1929 ne seraient qu’un gentil éternuement. Que cela nous plaise ou non, nous n’avons donc pas le choix : nous devons à tout prix éviter une sortie de la Grèce de l’Euro, et même une faillite de ce pays. Et donc verser les 15 mrds d’€ au Fonds européen de garantie. Au regard de nos 1500 mrds d’€ de dette, ce n’est pas grand’chose...
Certains observateurs voient dans cette épreuve le signe que l’Europe est irréversiblement engagée dans un processus qui doit déboucher à terme sur une union budgétaire et financière, avec un budget commun, un gouvernement économique, des taxes européennes, voire un ministre de l’économie et des finances. C’est, selon moi, se montrer bien optimiste. La plupart des nouveaux adhérents à l’Union, pour ne pas parler des eurosceptiques « institutionnels » comme le Royaume Uni ou le Danemark, et même de pays membres de la zone Euro comme les Pays-Bas ou la Finlande, ne veulent pas en entendre parler. Ils restent farouchement opposés à toute nouvelle délégation de souveraineté. Même l’Allemagne doit aujourd’hui compter avec un électorat de plus en plus eurosceptique, et avec les décisions de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui veille scrupuleusement à faire obstacle à toute délégation de souveraineté qui ne serait pas explicitement prévue par les traités en vigueur.
Les accords de Schengen sont un autre point d’inquiétude. Avec l’Euro, qui institue une communauté monétaire entre 17 pays membres, Schengen crée un espace européen où la circulation des personnes se fait en principe sans entrave, et représente la façade visible de l’Europe. Oui, mais de plus en plus de pays, dont la France, le Danemark et les Pays-Bas, veulent pouvoir suspendre l’application du traité quand bon leur semble, et font obstacle au projet de la Commission d’encadrer les clauses de sauvegarde qui permettent aujourd’hui à un pays membre de suspendre l’application du traité sans rien demander à personne.
Dernier symptôme affligeant : lors du débat de jeudi entre les candidats socialistes, aucun n’a parlé de l’Europe. Comme si la France était encore maîtresse de son avenir en dehors de l’Union... L’Europe ? Connais pas...
Ainsi se dessinent les traits d’une Europe floue, inexistante sur le plan international, ballottée par les marchés et les pays émergents, dominée par le chacun pour soi, la vision électoraliste à court terme, les décisions démagogiques motivées par la peur, le souci de paraître faire face, alors qu’on ne résout rien ; où chaque pays essaye de trouver par lui-même les solutions à des problèmes mondiaux qui le dépassent totalement et s’imagine exister parce que son Premier ministre ou son Président préside un G20 ou va se faire applaudir en Libye. La Commission, dirigée par le fantôme Barroso, se fait de plus en plus discrète, l’Union présidée par l’invisible Van Rompuy, représentée sur la scène internationale par la falote Catherine Ashton, devient inaudible, tandis que le Parlement résonne des minables altercations entre Cohn-Bendit et le Pen...
Ainsi l’Empire romain s’effondrait sous la poussée des barbares, tandis que les sénateurs ne pensaient qu’à maintenir leurs prébendes et se délectaient de « combinazioni » auprès desquelles l’affaire Clearstream fait figure de jeu d’enfant...
Faut-il pour autant baisser les bras ? Je ne le pense pas : il y a en Europe, et en France en particulier, un fond de scepticisme sur ... l’euroscepticisme ! Chacun voit bien au fond que nos vieilles nations ne pèsent plus grand-chose dans la grande bagarre de la mondialisation. J’entendais récemment sur BFM l’hypereurophobe Francis Asselineau, grand chantre de la sortie de l’Union, avancer que la Suisse et la Norvège s’en sortaient très bien alors qu’elles ont refusé de faire partie de l’UE. !!! Voilà où nous allons si nous ne réagissons pas à cette vague « d’euro-j’m’enfoutisme » qui prédomine actuellement : la Suisse sans les banques (elles seront ruinées par la sortie de l'Euro) ou la Norvège sans le pétrole. Il est vrai qu’il nous reste le saucisson et le pinard... Où est le grand rêve français – un peu mégalo, j’en conviens - d’être la lumière des nations ? Pourrons-nous nous résigner à nous voir dicter par la Chine et autres nouvelles puissances les règles du commerce international, des équilibres géostratégiques, la Russie menacer de nous couper le gaz, et Wall Street nous imposer ses règles financières ?
Allons un peu de courage ! Réveillons-nous et attelons-nous d’urgence à la relance d’une Europe fédérale. Il est vrai que le courage n’est pas la chose du monde la mieux partagée par les temps qui courent... Alors secouons nos candidats à la présidentielle et exigeons d’eux des engagements précis sur les actions à mener pour relancer la construction de l’Europe.