Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Faut-il crier victoire parce que le Bundestag a voté l’extension des crédits garantis par le Fonds européen ?
C’est certainement une bonne nouvelle.
Tout d’abord parce que cela veut dire que les députés allemands ont pris conscience de plusieurs choses :
- d’abord que l’Allemagne a intérêt à ce que l’Euro soit préservé. Je l’ai souvent dit ici : une sortie de l’Euro serait pour l’Allemagne synonyme d’une remontée de sa monnaie – et donc de ses prix à l’export de 30% au minimum. Mais aussi parce que ses partenaires de la zone Euro, qui absorbent 60% des exportations allemandes, - seraient ruinés. Le patronat a certainement joué un rôle de premier plan dans cette prise de conscience. On peut simplement regretter que Mme Merkel ait été aussi lente à défendre l’idée que l’Allemagne devait soutenir l’Euro, et par conséquent garantir d’une certaine façon les dettes des pays membres de la zone, quelles que soient leur responsabilité dans la situation actuelle.
- Ensuite que l’Euro ne peut pas survivre s’il n’est pas aujourd’hui défendu par son principal support qu’est l’économie allemande et que c’est un signe fort en direction des marchés.
Mais aussi parce que l’idée européenne a progressé. Nous sommes passés d’une attitude du chacun pour soi à une prise de conscience que l’Europe n’était pas un champ clos où s’affrontent des intérêts divergents voire contradictoires, mais avant tout un ensemble de nations unies par un destin commun, dans lequel devait jouer la même solidarité qu’entre états américains.
Cela dit, il faut tempérer notre enthousiasme :
D’abord parce que pour que la décision soit applicable, il faut encore le vote de plusieurs parlements, dont celui de Slovaquie, qui n’est pas du tout acquis à la cause pour le moment ! Espérons que l’exemple allemand poussera les députés slovaques à réviser leur position.
Ensuite parce que l’Euro n’est pas sauvé pour autant. Les dettes de l’Espagne, de l’Italie – et de la France – subsistent, et ne vont pas être rayées d’un coup de plume – elles continuent même à progresser. Le plus gros problème aujourd’hui est celui de l’arrêt de la croissance, aggravé par les mesures d’austérité prises un peu partout. Or sans croissance, et une croissance forte, il ne peut y avoir de remboursement de la dette. Le problème va donc ressurgir à brève échéance. Les experts discutent pour savoir comment sortir de cette impasse. Il semble bien que la seule solution soit la « monétarisation » de la dette. Autrement dit, le recours à la planche à billets, comme le font les USA avec le dollar. Le problème est que la BCE n’a en principe pas de vocation à émettre de la monnaie – même si de fait elle le fait depuis quelques mois, en contradiction avec les traités. Il faudra donc bien une modification institutionnelle profonde, qui fasse de la BCE une véritable banque centrale, comme l’est la FED aux USA. Et là les Allemands risquent de se faire tirer l’oreille une fois de plus.
Y a-t-il une chance pour que ces modifications institutionnelles voient le jour ? Quand on voit la difficulté qu’il y a eu à faire voter le traité de Lisbonne, on peut en douter. Mais il ne faut pas désespérer. La crise que nous venons de connaître a eu un grand mérite : elle a montré que le chacun pour soi, « l’Europe des Nations », était incapable de résoudre les problèmes. Pire, qu’elle les aggravait, en montrant l’incapacité de l’Europe à réagir à temps et de façon coordonnée. La pédagogie de l’erreur a fonctionné : toutes les enquêtes montrent que l’opinion publique a changé : massivement contre le soutien à la Grèce il y a six mois, elle a pris conscience que l’Euro sans une Europe intégrée, avec des moyens d’action et de décision de type fédéral, était non viable. Et, quoi qu’en pensent nos europhobes de service, le geste stupide et démago de Marine Le Pen balançant des billets de banque dans la Seine a été perçu comme déplacé : les Français sont plus attachés à l’Euro qu’on ne pourrait le croire. Ils commencent à réaliser, sans toujours l’avouer ouvertement, qu’il est impensable de revenir au franc, au deutsche mark, à la lire, la drachme etc. La pédagogie que n’ont pas faite les dirigeants européens, c’est la crise qui s’en est chargée. A quelque chose malheur est bon. Mais il serait tout de même plus rassurant de voir la solution émerger d’une volonté claire et nette de la part de nos dirigeants plutôt que cette progression à tâtons et en ordre dispersé à laquelle nous avons assisté. Le Parlement européen s’est saisi de la question et a fustigé l’inertie de la Commission, et les atermoiements des chefs d’État .
C’est aussi une raison de plus d’espérer.