Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
J’avais regretté après le premier débat l’absence d’intérêt des candidats pour la construction européenne. Les choses ont-elles changé à la veille de la primaire ? Pas fondamentalement.
Certes, les débats suivants ont permis aux candidats de s’exprimer sur la question. Mais quelle est la conception de l’Europe qui ressort de ces débats ? Fondamentalement, la construction européenne n’est pas le premier souci des candidats socialistes. Mais surtout, quand on entend les Montebourg, Royal ou Aubry, l’Europe n’est à considérer que dans la mesure où elle leur permet d’étendre au niveau européen leurs conceptions nationales. Comme si l’Europe ne pouvait être que la caisse de résonance de la politique française.
Oui à l’Europe si elle réintroduit des droits de douane sur les produits qui concurrencent l’industrie européenne – c’est à dire française.
Oui à l’Europe si elle uniformise l’âge de départ à la retraite sur les 60 ans auquel les socialistes prévoient (officiellement) de revenir.
Oui à l’Europe si elle sépare banque de dépôt et banque d’affaires
Oui à l’Europe si elle cesse de prôner les privatisations des services publics
Etc. etc.
Je ne suis par contre l’idée d’amener par le dialogue nos partenaires européens à considérer favorablement notre point de vue. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se produire, le libéralisme échevelé qui a dominé pendant 30 ans le système économique mondial perdant nettement du terrain, même en Grande-Bretagne, à la suite de la crise de 2008.
Mais ce qui me choque, c’est que l’on fasse de l’alignement des autres membres de l’Union sur les positions françaises la condition pour aller de l’avant dans la construction européenne. C’est d’ailleurs la position qui avait conduit MM. Fabius, Emmanuelli et autres à rejeter le traité constitutionnel en 2005. Comme si on pouvait être pour l’Europe si nos partenaires partagent nos opinions, et contre si ils sont d’un avis différent. Comme si la politique de l’Europe n’était pas la résultante d’une convergence des politiques des États membres, mais d’une sorte de credo libéral intangible et éternel inscrit dans la gènes de l’Europe. Ce n’est pas parce que le principe de libre concurrence est inscrit dans le traité de Rome que l’on doit bazarder les services publics, ou empêcher les regroupements industriels pour créer des groupes à taille mondiale, comme cela a été le cas quand la Commission a stupidement empêché Péchiney de racheter Alcan. Toutes ces dérives ne sont pas inscrites dans les traités mais viennent d’une interprétation libérale de ces traités, sous l’influence des pays de tradition libérale comme la Grande-Bretagne. J’avais d’ailleurs relevé à l’époque la contradiction qui consistait à rejeter le traité constitutionnel et par là même, à laisser les mains libres à la Grande Bretagne pour faire triompher cet ultralibéralisme que l’on dénonçait...
Intéressantes les réponses des candidats hier et ce matin à la question de Patrick Cohen sur France Inter : « Que ferez-vous pour sortir de la crise au lendemain de votre élection en mai 2012 ? » Tous, à l’exception de Jean-Michel Baylet, ont répondu par un arsenal de mesures bien franco-françaises, comme si le secret de la sortie de cette crise mondiale était entre les mains du futur président français. Baylet est le seul à avoir répondu : « Je vais voir les autres dirigeants européens, et en premier lieu la chancelière allemande, parce que la solution à la crise ne peut être qu’européenne. » Belle lucidité, qu’on aurait aimé voir chez les autres candidats. Mais chacun le sait, la lucidité n’est pas l’apanage des politiciens français, de droite ou de gauche, toujours plus prompts à promettre monts et merveilles qu’à prendre les problèmes à bras le corps et d’une façon réaliste...
Bon vote dimanche...