Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante

Publicité

Non, l'Euro n'est pas mort: regardons les choses en face!

Il est de bon ton, ces jours-ci, de prévoir la fin de l’Euro, et le retour aux bonnes vieilles monnaies nationales, le franc, le mark, la lire etc...

Le tir est nourri et vient :

-         De certains économistes à la suite de Christian St Etienne, pour qui les économies de l’Europe du sud sont gangrenées par la dette, tandis que les finances de l’Europe du nord seraient vertueuses et solides. Et l’Euro ne pourrait pas supporter à terme un déséquilibre qui va grandissant.

-         des populistes de tout poil, qui, à la suite de Marine Le Pen et quelques autres, qui, il faut bien le dire, braillent d’autant plus fort qu’ils savent qu’à court terme, ils n’auront jamais à mettre leurs idées en acte. Pour ces braillards, le retour aux bonnes vieilles monnaies n’aurait que des avantages, car l’Euro est, selon eux, la source de tous nos maux : chômage, prix hauts, dette, délocalisations, balance des paiements en chute libre etc.

 

Si l’on veut bien regarder sereinement les choses en face, l’Euro ne se porte pas si mal que ça. Ce n’est pas parce que la Grèce est en situation de quasi-faillite que l’Euro va disparaître. Les membres de l’Eurogroupe se sont un peu fait tirer l’oreille pour venir à la rescousse, surtout l’Allemagne, qui a laissé s’installer pendant de longues semaines un doute sur sa volonté de sauver l’Euro, mais finalement y est venue. Tout simplement parce que la disparition de l’Euro aurait des conséquences absolument catastrophiques pour les économies européennes, y compris l’Allemagne. Si le deutschmark renaissait, il serait réévalué immédiatement d’au moins 20% par rapport à l‘Euro, avec les conséquences catastrophiques que l’on imagine pour l’industrie allemande. Inversement , pour des pays comme la Grèce, l’Espagne et même la France, la dévaluation serait immédiate, avec une perte de pouvoir d’achat de l’ordre de 20% pour la France, et de 40% pour la Grèce, le Portugal ou l’Espagne. Et il n’est pas certain que l’industrie française pourrait en profiter, car le renchérissement du coût des matières premières et de l’énergie viendrait absorber une bonne part de l’avantage ainsi acquis.

 

Il est intéressant de voir ce qui se passe en Grande-Bretagne, hors de la zone euro comme chacun sait. Un plan d’austérité d’une violence inouïe y a été mis en place, l’inflation dépasse 4%, la livre est à son plus bas. Et les exportations ne reprennent pas pour autant, car l’industrie britannique est sinistrée par des délocalisations massives depuis des décennies... le chômage continue à croître, accru par les coupes massives dans le budget de l’État. Mais qui parle de la situation en Grande-Bretagne ? Qui s’inquiète ici de voir la livre à son plus bas niveau depuis vingt ans ? Nous nous focalisons sur la Grèce ou l’Irlande, mais la situation financière de la Grande-Bretagne est bien pire que celle de l’Irlande ! Et si Londres n’était pas la seconde capitale des finances mondiales, il y a lurette que le taux  auquel elle emprunte serait plus proche de celui de la Grèce que de ce qu’il est aujourd’hui. Mais les financiers ne veulent pas mettre Londres dans une situation embarrassante pour tout le monde. L’affaire Lehmann Brothers a suffi pour leur faire comprendre qu’on ne peut pas jouer au petit jeu du dézingage impunément. Les dégâts collatéraux sont trop risqués.

 

Alors cessons de tirer à boulets rouges sur l’Euro. Les erreurs qui existaient à son lancement, largement révélées par la crise, ont commencé à être corrigées. L’Allemagne et les autres pays vertueux ont compris que la disparition de l’Euro serait une catastrophe qui entraînerait très certainement l’explosion de l’Union elle-même et un appauvrissement généralisé de l’Europe. Les « pays du club Med » sont soumis à une cure d’austérité sans pareille. Mais c’est à eux seuls qu’ils doivent s’en prendre. L’Euro n’a fait que les déresponsabiliser et retarder l’échéance. Et il est faux de dire qu’il est la cause de leur infortune. Les Grecs et les Irlandais ont vécu comme la cigale, largement au-dessus de leurs moyens, et ont mené une politique fiscale suicidaire, les uns en faisant de la fraude fiscale un sport national, les autres en menant un dumping fiscal irresponsable. L’Espagne a laissé se développer une bulle immobilière insensée – elle a construit dans les années 2005-2008 autant de logements que la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne réunies ! – et la France a laissé se développer un « trou » des comptes sociaux abyssal. Il fallait revenir tôt ou tard à un peu de raison. Mais accuser l’euro de ces malheurs est injuste et irresponsable. Il nous faut au contraire nous réjouir que la BCE et le FMI, avec le soutien de l’Allemagne et quelques autres, nous permette de voir les choses en face : nous avons ruiné nos finances publiques et c’est de notre seule faute. Et si nous voulons revenir à une situation plus saine, ce n’est pas en sortant de l’Euro que nous y parviendrons, mais en réduisant les dépenses inconsidérées des États et en restaurant l’équilibre des finances publiques.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article