Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Reproduction d'un article paru dans le mensuel Réforme du 2 juin 2011
PHILIPPE DESSERTINE, professeur à Nanterre. directeur de l'Institut de haute finance, revient sur la situation de l'euro, en ce temps de crises.
Quelles sont les conséquences immédiates de la crise grecque sur l'euro ?
Il est indéniable que cette crise affaiblit l’euro, car les investisseurs privés le fuient, pensant que la dette grecque ne sera pas remboursée. Or, jusqu'à présent, l'euro représentait une valeur bien plus intéressante que le dollar, qui fait peur, du fait de la dette abyssale des Etats-Unis. La crise grecque fragilise la confiance dans l'euro. Résultat, les autres monnaies montent, le yen japonais, le réal brésilien grimpent. Ces pays ne peuvent plus exporter et leurs marchés financiers se développent trop vite. trop fort. La marché financier mondial est déstabilisé.
Quels sont, selon vous, les différents scénarios qui se présentent ?
Dans le premier scénario, que je soutiens, l'Europe doit aider à la restructuration de la dette grecque. Aujourd'hui, les autres pays européens doivent lever des fonds pour relancer ce pays. Mais, faisant cela, ils vont limiter leurs propres capacités d'emprunt. Ils n'ont pas d'autres choix que d'entrer dans une politique de rigueur. Il faut expliquer qu'on ne peut plus emprunter à tout-va, mais qu'il faut rembourser. Dans le second scénario, catastrophique selon moi, les pays refusent de soutenir la Grèce, qui redevient un pays hyperpauvre. Le système va alors éclater. C'est la fin de l' Europe et le règne du chacun pour soi, prôné par Marine Le Pen d'un côté, Jean-Luc Mélenchon de l'autre.
Pourquoi ce scénario est-il si dangereux ?
Parce qu'il signifie la fin de l'Europe, la fin de la solidarité. L'essor économique si rapide de l'Irlande, de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne s'est fait grâce â la Communauté européenne_ Mais cet essor avait un coût. Les autres pays ont trop longtemps refusé de l'envisager. Pour moi, la fin de l'euro, c'est l'avènement des idéologies dangereuses, la dislocation monétaire, l'avènement de conflits. Arnaud Montebourg, qui prône la « démondialisation » sera content, il n'y aura plus d'échanges commerciaux, Mais un appauvrissement généralisé...
Comment, selon vous, lutter contre ce scénario catastrophe ?
En faisant de la pédagogie beaucoup de pédagogie. Redire que l'Europe, c'est la solidarité, pour le meilleur et aussi le pire. Redire que si on lâche l'euro, il y aura une vraie panique sur le dollar et qu'en l'absence de monnaie internationale le commerce va chuter. Il n'y aura plus d'importations et d'exportations et donc plus d'argent qui entre dans les caisses des États. Il faut contrer point par point les arguments vendeurs de la protection aux frontières. I1 faut lutter contre le repli sur soi qui va être un des thèmes majeurs de la campagne électorale, sous peine de retrouver l'ambiance des années trente...