Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
En ce jour de la remise du prix Nobel de la paix à l’Union européenne, je mets un terme à ce blog, qui n’est hélas lu que par ceux qui croient en l’avenir d’une Union politiquement intégrée, seule à même de constituer un contrepoids aux géants qui dominent le monde ou sont en passe de le dominer. Les autres se disent que l’Europe est dépassée, qu’elle n’est pas la solution mais le problème, que l’avenir est aux solutions nationales, ou à la rigueur aux bonnes vieilles alliances bilatérales, qui n’engagent que tant qu'on y trouve son intérêt.
Mais avant de mettre un point final, je voudrais dire que je suis heureux que l’Union ait reçu ce prix. Que l’on ait vu à Oslo Angela Merkel et François Hollande se tenir par la main et participer ensemble à cette grande fête. Jamais mes grands-parents n’auraient pu imaginer une telle chose, eux qui n’avaient connu que guerres fratricides, haines recuites et vengeances ruminées. Pour ce grand succès, ce prix est totalement mérité et il faut en remercier les membres du Jury Nobel.
Mais sur quel avenir débouchera-t-il ? La génération qui vient saura-t-elle faire revivre et poursuivre ce grand idéal qu’avaient incarné ces prophètes de la paix que furent Robert Schuman, Jean Monnet, Alcide de Gasperi, Konrad Adenauer, Paul-Henri Spaak ? Ou bien l’Europe continuera-t-elle à sombrer peu à peu dans la médiocrité des égoïsmes nationaux, dans l’aveuglement des replis identitaires, des souverainismes à courte vue, des crispations nationalistes, qui n’ont d’autre effet que d’empêcher de trouver des solutions à la crise. Car ces solutions seront européennes ou ne seront pas. Il ne faut pas se faire d’illusion ; la crise de l’Euro l’a bien montré : ou bien nous sauvons notre monnaie, et au-delà notre économie, en dépassant les égoïsmes nationaux, en créant des institutions supranationales seules à même de prendre à temps les décisions qui s’imposent, quitte à parfois aller à l’encontre de tel ou tel intérêt national à court terme, ou nous connaîtrons le sort des Cités grecques qui ne surent jamais s’allier après Salamine, et furent peu à peu mangées par Rome. L’Allemagne, tant décriée, semble enfin l’avoir compris. Son avenir, sa prospérité économique, sont indissociables d’une Europe unie, forte de règles de fonctionnement fondées sur la majorité et non l’unanimité, sur une monnaie unique qui est le vrai ciment de l’Europe, sur des valeurs sociales et humaines qui sont l’honneur de l’Europe et font envie au reste du monde. Il est fort regrettable que la France soit au premier rang des pays qui traînent les pieds pour s’engager dans un fédéralisme accru.
Il reste la Grande-Bretagne, éternel cheval de Troie de l’Union, qui ne sait que retarder l’intégration, suivant en cela la politique qu’elle a développé depuis des siècles vis-à-vis des puissances continentales. Elle croit qu’elle peut se débrouiller seule et que sa City la met à l’abri du besoin. Le réveil risque d’être très dur pour elle aussi. Mais cela fait tellement partie de ses gènes qu’on ne la voit guère y renoncer. Il faut alors espérer qu’elle saura tirer la conséquence logique de sa position et quitter l’Union pour un statut de partenaire associé comme l’a déjà la Norvège, et comme l’aura demain la Turquie. L'absence de David Cameron à Oslo n'est pas qu'une manifestation d'indépendance à usage politique interne. Elle est une faute devant l'Histoire, car elle place la Grande-Bretagne en dehors de ce grand dessein.
Je forme ici le vœu que nos enfants et petits-enfants puissent vivre demain dans une Europe en paix, intégrée politiquement, forte de ses valeurs et de ses richesses partagées , et qui continue à proposer au monde un modèle unique pour la dignité de la personne, la solidarité, le respect de la Création, un développement harmonieux, respectueux des équilibres naturels et de la personne humaine. Ce n’est pas gagné, mais ce n’est pas non plus perdu. Car l’espérance fait aussi partie de nos valeurs et de nos gènes européens. Ceux qui nous ont permis de résister pendant la domination nazie, de croire contre toute espérance que le jour viendrait où nos vieux pays cesseraient de s’entretuer pour construire ensemble un monde plus juste, plus prospère et plus fraternel. Nous y sommes presque. Le chemin parcouru est immense. Il serait dommage de s’arrêter maintenant et de nous laisser reprendre par nos vieux démons.
Merci à mes fidèles lecteurs. Je vous souhaite une très belle fête de Noël et une heureuse année 2013.