Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Même si ces derniers jours ont vu l’Europe revenir dans la campagne électorale – voir mon dernier papier – nos candidats ne voient toujours pas – ou font semblant de ne pas voir – que les enjeux dépassent considérablement l’Hexagone. C’est une vieille habitude française de penser que nous sommes une île dans un monde extérieur qui nous regarde en attendant que nous trouvions les solutions à ses problèmes... Et chacun y va de sa recette, en feignant de croire que l’Europe va s’exclamer : « Bon Dieu ! Mais c’est bien sûr ! Comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt ! ».
Petit panorama des candidats face à l’Europe :
Il y a les nostalgiques, qui croient que revenir au franc serait LA solution. En « oubliant » seulement de dire que la dévaluation qui s'ensuivrait ruinerait tous les possesseurs d’un contrat d’assurance-vie en euros ou d’un livret de caisse d’épargne. Le litre de super passerait à 2,50 francs/euros, et les belles TV à écran plat verraient leur prix doubler... Sans compter que le chacun pour soi entraînerait un retour aux dévaluations compétitives que l’on a connu avant l’Euro.
Il y a les révolutionnaires, qui veulent tout simplement tout casser, ne pas rembourser la dette, exproprier les banques. On peut en effet dire n’importe quoi quand on est sûr de ne pas gagner, et qu’on ne veut surtout pas gagner.
Il y a les rêveurs, ou plutôt le rêveur, car François Bayrou est bien seul, à proposer l’élection du président de l’Union, regroupant la présidence de la Commission et du Conseil des ministres, au suffrage universel, et de mettre sur pieds une vraie politique étrangère européenne.
Et puis il y a les volontaristes, qui s’imaginent qu’ils pourront imposer à nos partenaires leurs solutions : harmonisation fiscale, hausse des droits de douane, fermeture des frontières à l’immigration. Leurs idées ne sont pas forcément stupides : il est absolument indispensable de faire cesser le dumping fiscal et social entre pays membres, de rééquilibrer nos relations commerciales avec les pays émergents, et de mieux contrôler les flux migratoires. Mais comment ne pas voir que tout ceci passe par un renforcement des institutions communautaires, un rééquilibrage au sein de l’Union, entre les pays membres et entre les institutions, l’émergence d’une vraie solidarité, le lancement d’une politique de croissance commune, notamment par une politique commune de réindustrialisation, la création d’une vraie politique énergétique commune, un contrôle et une limitation des déficits nationaux... bref, un renouveau de l’Europe, qui passe par une relance de l’idée européenne, une amélioration du fonctionnement démocratique des institutions, et la définition commune d’objectifs et de projets concrets, clairs et à long terme, qui soient porteurs d’une espérance, d’un dynamisme, d’une créativité qui nous font tellement défaut aujourd’hui.
Les idées pour relancer la croissance ne manquent pas. Et beaucoup sont bonnes. Mais qui ne voit que nous ne pourrons les mettre en œuvre qu’ensemble, dans un cadre collectif renouvelé, avec des moyens nouveaux, et dans une Union où chacun ne joue pas perso, s’occupe de penser aux conséquences que ses décisions auront sur ses voisins – qui sont d’ailleurs aussi ses clients. Car si on ne crée pas de nouvelles recettes pour financer les projets qui seuls peuvent relancer la croissance, nous en resterons aux idées vagues et irréalistes et nous continuerons à gérer l’austérité et le déclin. Oui, il nous faut un impôt européen qui garantisse l’émission d’obligations européennes pour financer ces grands projets. Un point de TVA dans tous les pays membres affecté au financement de ces projets permettrait de dégager des centaines de milliards d’euros qui financeraient de nouveaux projets tournés, par exemple, vers les énergies nouvelles, la capture du CO2 et le développement de centrales thermiques non polluantes, les économies d’énergie, le développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement, des moyens de transport non polluants etc. Nous avons un capital scientifique, technique, industriel, encore considérable. Si nous arrivons à le mobiliser sur des projets d’avenir définis en commun, nous pourrons enrayer la spirale du déclin dans laquelle l’Europe – Allemagne comprise – est engagée depuis au moins trois décennies. Mais pour cela, il faut cesser de voir en l’Europe un obstacle à la réalisations de politiques nationales irréalistes qui soi-disant nous permettraient de nous en sortir et qui sont, finalement, mensongères. Il n’y aura de solution que communautaire, voulue, acceptée, financée.
Il faut mettre un terme définitif à nos égoïsmes, notre nombrilisme narcissique, nos visions étriquées et mesquines déterminées par ce qui reste malgré un demi-siècle de construction européenne un nationalisme étroit et paralysant. Regardons dehors ! Nous, les Européens, sommes de tous les peuples ceux qui doutons le plus de notre avenir. Quand l’Europe a-t-elle été grande, prospère, créatrice ? Quand, du XVIe au XIXe siècle, elle a refusé de limiter son horizon à ses rivages et ses frontières. Quand elle s’est ouverte aux influences extérieures. Quand elle a rencontré la Chine, l’Orient. Quand elle a créé, innové, inventé la démocratie, la liberté, mais aussi les échanges, les partenariats, les systèmes financiers décentralisés...
La France peut et doit redevenir le moteur de la construction européenne. Mais pour cela, il faudrait qu’elle croit encore en elle-même et en l’avenir d’une Europe unie et solidaire...Il faudrait qu’elle regarde plus loin que ses petits problèmes de retraite, de sécu, de durée du travail etc. Non qu’ils soient sans importance. Mais leur solution ne peut plus s’envisager comme si nous étions seuls à pouvoir les résoudre, dans un monde totalement ouvert, et où seul compte le rapport de forces, que ce soit à l’ONU, l’OMC ou dans tous les échanges internationaux.
Pour ceux qui voudraient aller plus loin :
Programme européen de François Bayrou
Une étude de Jean Arthuis sur l’avenir de la Zone euro, que je vous recommande chaudement.