Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Après que le candidat Hollande eut annoncé qu’il allait demander la renégociation du traité, en cours de ratification, qui doit remettre l’Euro sur les rails, c’est le candidat Sarkozy qui a sonné la charge contre l’Europe, reprenant ainsi une vieille tradition de la droite française dont on se serait bien passé. On pourrait se réjouir de voir l’Europe revenir dans le débat très franco-français que nous avons vu jusqu’à présent. Mais le candidat-président a repris les bonnes vieilles recettes qui consistent à ne voir dans l’Europe qu’un bouc émissaire des difficultés que traverse la France. Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! Fermons les frontières, et il n’y aura plus d’immigration clandestine chez nous ! Rétablissons des gabelous aux frontières comme au bon vieux temps, et notre industrie va renaître ! Quelque chose à déclarer ? – Oui : ce retour en arrière, cette myopie, cette démagogie, sont insupportables !
Ce glissement vers l’extrême gauche pour l’un, vers la droite lepéniste pour l’autre, c'est-à-dire la reprise des thèmes anti-européens les plus éculés, a de quoi inquiéter.
Elle dénote d’abord chez l’un comme chez l’autre une méconnaissance profonde des institutions et du fonctionnement de l’Union. Schengen n’est pas la passoire que d’aucuns dénoncent. Le traité comporte pour la lutte anti-criminelle des avancées considérables, qui permettent pas exemple à une police de poursuivre des criminels au-delà des frontières nationales (disposition renforcée par le traité de Lisbonne). Cette coopération s’avère payante dans la lutte contre les mafias. Et surtout, le traité débouche nécessairement sur une harmonisation des politiques d’immigration et un embryon de politique commune, sans laquelle il n’y aura pas de solution au contrôle de l’immigration. Un système centralisé de fichage des immigrés irréguliers est en cours de constitution. Par ailleurs, le système ayant montré des failles incontestables, une concertation est aussi en cours pour y remédier. Mais notre ministre de l’intérieur n’y participe pas : il a des étudiants étrangers à expulser…
Pour l’autre proposition, commune à quelques nuances près aux deux principaux candidats, qui consiste à instituer des règles de réciprocité pour les conditions d’accès aux marchés publics des entreprises hors Union, si le principe n’est pas à critiquer, il faut voir qu’il se heurte à la réticence des Allemands, qui ne voudraient pas que leurs exportations – largement excédentaires - vers les pays émergents soient freinées par des mesures de rétorsion. Néanmoins, nos partenaires allemands ont accepté d’en discuter, et une commission étudie déjà sérieusement la question. Ce n’est donc pas un scoop !
Reste une triste constatation : en dehors de François Bayrou, qui n’en fait d’ailleurs pas son cheval de bataille, aucun des grands candidats n’a fait de proposition concrète pour relancer la construction européenne, sans laquelle nos petites décisions nationales seront absolument sans aucun effet sur l’organisation du marché mondial. On pensait que Sarkozy l’avait compris : n’a-t-il pas joué un rôle positif dans la résolution des crises, de celle de la Géorgie à celle de l’Euro en passant par la crise financière de 2008 ? En fait, si l’on y regarde de plus près, il s’est comporté à chaque fois en sauveur, provoquant l’agacement bien compréhensible de nos partenaires, jouant « perso » au lieu de rechercher le consensus et de favoriser l’émergence de politiques communes qui seules peuvent peser dans la confrontation avec les marchés et les grandes puissances continentales.
Il est atterrant de voir la myopie de ces candidats – et des médias – arc-boutés sur leurs petites recettes franco-françaises : augmentation inconsidérée des impôts, l’un pour les particuliers, l’autre pour les entreprises, faisant mine de ne pas voir que les impôts jouent contre la relance, l’investissement et la compétitivité, et les promesses irréalistes des deux côtés. Mais rien en faveur d’un grand plan de relance européen pour faire repartir la croissance, sans laquelle nous ne résoudrons pas le problème de la dette publique. Il est plus facile de dénoncer les riches ou de taxer les expatriés – au mépris des traités internationaux - ou les entreprises du CAC40, qui n’auront aucun problème pour s’installer ailleurs, que de mettre sur pied un véritable plan de relance dont le Grand Emprunt avait pourtant tracé la voie… et auquel les Allemands ne semblent pas aussi hostiles qu’on le disait.
Il est surtout navrant de faire croire aux Français que les problèmes vont être résolus par ces minables petites recettes électoralistes et de jeter ainsi l’opprobre sur une construction européenne qui représente plus que jamais la seule planche de salut pour nos pauvres économies à bout de souffle. Nos partenaires sont agacés, une fois de plus par le peu de cas que fait la France de ses partenaires, par le discours franco-français, le saccage de la construction européenne dans le seul but d’aller à la pêche aux voix du FN à droite, du Front de gauche de l'autre côté. Dommage que les Verts ne représentent pas une menace pour les candidats. Cela nous aurait au moins valu d'introduire dans le débat des thèmes qui en sont bien absents, vu le peu d'audience dela pauvre Eva Joly ...
Ainsi va notre système politique, gangrené par la surenchère démagogique, incapable de voir les vrais enjeux et de les présenter clairement et courageusement au peuple français. Et dire qu’il va falloir voter pour l’un de ces handicapés visuels !