Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Il n’est pas courant que je m’insurge contre les décisions de l’Union européenne. Mais dans l’affaire de la Grèce, on ne peut plus fermer les yeux et se taire. Les récentes exigences des pays de l’Eurozone vis-à-vis de la Grèce sont non seulement inadmissibles. Elles sont en plus irresponsables, stupides et criminelles. Ce pays est déjà dans une situation de récession avancée. On peut même parler d’effondrement : quand un PIB est en recul de 6%, ce n’est plus de la récession, mais de la dépression. Et l’effort que l’on demande à la Grèce pour la sauver va la tuer. Déjà, depuis 2010, ce pays a consenti des efforts extraordinaires : baisse des retraites, du SMIC (30% !), des salaires des fonctionnaires, des minima sociaux : tout le monde trinque, et lourdement. La pauvreté se généralise. Le remède de cheval que l’Europe administre va tuer le malade. Car plus la Grèce s’enfonce dans la dépression, moins elle a de chances de payer un jour ses dettes et de s’en sortir. Il n’y a plus qu’une seule solution : que la Grèce sorte de l’Euro ! Oui, vous avez bien lu : je pense que l’acharnement des pays du Nord à accabler la Grèce sous le poids des sacrifices ne justifie plus que la Grèce reste dans l’Euro : le prix à payer pour en sortir sera moins élevé que cet insupportable chantage de l’Allemagne et d’autre pays « vertueux » qui veulent à tout prix « faire payer la Grèce ». Cela rappelle les slogans de 1919 : « l’Allemagne paiera ! ». Le résultat, on le connaît : ce fut la ruine de l’Allemagne et l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Comment l’Allemagne peut-elle aujourd’hui dire « la Grèce doit payer ses dettes » ?
Il y a un aveuglement incroyable de la part des gouvernements qui pressurent ainsi la Grèce. Si on voulait préparer l’avènement d’un régime totalitaire en Grèce ou d’une révolution, on ne s’y prendrait pas autrement.
Oui, les Grecs ont largement, honteusement profité des largesses de l’UE. Oui, ils ont négligé de faire rentrer les impôts, de réformer leur administration – il n’y a toujours pas de cadastre ! – de faire contribuer les riches – un seul armateur paye l’impôt sur la fortune ! Est-ce une raison pour les assassiner ? Les vrais coupables sont ceux qui les ont laissé entrer dans un système monétaire intégré sans voir qu’il allait les étrangler. Oui, il faut aider les Grecs, mais sans les étouffer sous le poids d’exigences aussi injustes qu’excessives. La Grèce aujourd’hui n’a plus d’autre issue que de sortir de l’Euro. Avec les conséquences que l’on sait : une augmentation des prix de 50 à 60%, une dévaluation colossale : le pays sera ruiné. Mais au moins il sera libre de dire m... à ceux qui lui ont fait miroiter pendant deux ans une aide qu’ils viennent maintenant soumettre à des conditions inacceptables.
Je disais pour commencer que je m’insurgeais contre les décisions de l’UE. Mais est-ce bien l’UE qui est en cause ? Est-ce l’UE qui accable les Grecs ? – Non : ce sont les gouvernements de quelques pays, au premier rang desquels la « Merkozie ». L’histoire sera un jour sans pitié envers ceux qui auront accablé les Grecs de leur superbe et de leur bonne conscience. Car en pressurant un pays membre comme ils le font, ils ruinent l’idéal européen. Cet idéal qui est fondé sur la solidarité entre pays membres, sur l’aide aux moins favorisés, sur la prééminence de l’homme sur la finance et les règles budgétaires. Croient-ils sauver l’Europe en tuant la Grèce ? Lorsque les Grecs auront finalement décidé que tout valait mieux que de plier devant ces monstres froids, alors, on peut imaginer que les Portugais, les Espagnols, les Irlandais suivront. Et l’Europe partira à veau l’eau, ruinée par l’intransigeance des plus riches.
Que fait la Commission dans ce naufrage ? Que fait le Parlement devant l’étranglement délibéré d’un pays membre ? Rien, ou à peu près. Voilà ce qui arrive quand on laisse les gouvernements nationaux prendre les rênes et ravaler les institutions supra-communautaires au rang de potiches : on assiste alors à un déferlement d’égoïsme, d’aveuglement, de « combinazioni » qui font honte à notre belle civilisation tant vantée ces derniers temps par certain ministre français...