Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Faut-il vraiment payer pour la Grèce ?
La Grèce et l’Euro sont-ils sauvés ? C’est ce que laissaient entendre les commentateurs après le sommet de jeudi qui a réglé – temporairement - le problème de ce qu’il faut bien appeler le défaut de paiement de la Grèce. Que faut-il en croire ?
Il semble bien que les pays de la zone Euro, et surtout la France et l’Allemagne, se soient enfin mis d’accord pour venir véritablement en aide à la Grèce, en acceptant de prendre en charge une partie de la dette grecque, en contraignant les banques qui ont prêté à la Grèce à repousser les échéances de remboursement, et en permettant au Fonds de soutien européen mis en place en 2010 de prêter à la Grèce à des taux acceptables, en complément du FMI et de la BCE.
Il faut s’en réjouir, même si Mme Merkel a une fois de plus refusé de lancer un emprunt européen – les fameux Eurobonds - qui auraient été la seule solution pérenne à la crise de l’Euro. Mais l’Allemagne a fait déjà pas mal de concessions. Il ne faut pas trop en demander. On peut d’ailleurs s’interroger sur la stratégie allemande qui consiste à crier haut et fort qu’on ne paiera pas un centime pour sauver « ces feignants de Grecs », puis à manger partiellement son chapeau en finissant pas céder. Cette stratégie est désastreuse, car elle avive la spéculation et rend le sauvetage de l’Euro infiniment plus coûteux.
La France va prêter de l’argent qu’elle n’a pas, et donc s’endetter de 15 milliards supplémentaires pour financer le Trésor grec. On peut compter sur les Eurosceptiques habituels pour crier à qui veut les entendre que l’Euro ruine la France. En toute logique comptable, il n’y a d’ailleurs pas d’augmentation de l’endettement de la France, puisque la Grèce sera débitrice de ces mêmes 15 milliards vis-à-vis de nous. On peut simplement s’interroger pour savoir quand nous serons remboursés…
L’Euro nous ruine-t-il vraiment ? En fait, si les Etats-membres de la zone euro ont finalement accepté de mettre la main à la poche pour la Grèce, y compris l’Allemagne, c’est qu’ils n’avaient pas le choix. En sauvant la Grèce et l’Euro, c‘est eux-mêmes qu’ils sauvent d’une débâcle généralisée. D’ailleurs, si les Allemands ont fini par accepter le plan négocié jeudi, c’est qu’ils sont conscients que ce n’est pas la Grèce qui est en jeu, mais le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, et surtout l’Italie, dont ils se sentent beaucoup plus proches que des Grecs. Parce que le jour où la spéculation s’attaquera à l’Italie, l’addition sera considérablement plus lourde. Car il faut que nous en soyons bien persuadés : en sauvant la Grèce, c’est toute l’Europe, et en particulier la France, que nous sauvons de la débâcle financière. Sans l’Euro, il y a longtemps que le Franc aurait été lourdement dévalué et que nous paierions le litre de sans-plomb non pas 1,50 €, mais 13 ou 16 F, c'est à dire 2 € ou 2,50 €… Et nous emprunterions pour financer notre déficit non pas à 3,5% mais à 5 ou 6%, voire 8 ou 9%, ce qui nous mettrait de fait en faillite. On comprend que l’Allemagne renâcle à venir au secours des cigales qui ont dépensé depuis vingt ou trente ans sans compter. Mais elle a oublié que l’Euro a été voulu par François Mitterrand et Helmut Kohl en contrepartie de la réunification allemande, pour ancrer durablement l’Allemagne dans l’Europe. Après avoir largement profité de l’Euro et de l’Union européenne, l’Allemagne doit aujourd’hui renvoyer l’ascenseur et accepter le jeu de la solidarité qui est à la base du système mis en place par le traité de Maastricht. Personne n’en était vraiment conscient à l’époque, à part Jacques Delors, et l’Allemagne l’avait expressément exclu… sans se rendre compte qu’il ne peut y avoir de monnaie unique sans solidarité entre les parties prenantes…
Ainsi va l’Europe : elle se construit vaille que vaille, par à-coups, de crise surmontée en crise évitée. Ne serait-il pas plus logique et plus acceptable que l’on définisse un peu mieux les perspectives et qu’un consensus se dégage sur les objectifs : voulons-nous une Union fédérale librement choisie et organisée, ou voulons-nous rester dans ce conglomérat d’États-nations jalousement arc-boutés sur leur souveraineté et leurs chers déficits, sans voir que tôt ou tard il nous faudra l’abandonner, à l’occasion de crises comme celle que nous connaissons, ou tout simplement parce que ce n’est pas viable ? Mais comme le disait le Financial Times dans un article que j’ai précédemment cité, il faudrait pour cela que nous ayons des chefs d’État dignes de ce nom, et non les pantins actuels, qui ne savent que suivre les états d’âme de leur opinion publique et changent de position tous les trois jours au gré du vent…