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Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante

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Faut-il sortir de l’EURO?

 

Plusieurs voix se sont fait récemment entendre, venant de divers horizons politiques, plaidant en faveur d’une sortie de l’EURO, soit par sa disparition pure et simple et un retour aux monnaies nationales, soit par une sortie de la France de l’Eurogroupe et le retour au franc.

Que faut-il en penser ?

Avant tout, il est nécessaire de faire un bref rappel historique.

L’Euro a été voulu par le président Mitterrand en contrepartie à la réunification de l’Allemagne, considérant que cette monnaie unique ancrerait l’Allemagne dans l’Europe. Le chancelier Kohl en a accepté l’idée. Les craintes de la France étaient en effet que l’Allemagne réunifiée devienne suffisamment puissante pour imaginer pouvoir se passer de l’Europe. A cette époque, les deux pays faisaient jeu égal sur le plan économique, et l’idée de partager une monnaie commune n’était pas aberrante. Les Allemands ont cependant refusé de créer une institution de coordination des politiques économiques et financières de la zone Euro, malgré les alertes lancées par plusieurs économistes, dont Jacques Delors. Le traité de Maastricht, qui a créé l’Euro, ne prévoit donc qu’une clause de limitation des déficits financiers à 3% du PIB, ainsi qu’un certain nombre de conditions pour intégrer la zone Euro. Et la BCE, également créée par le traité de Maastricht, n’est pas habilitée à fonctionner comme une banque centrale : elle ne peut pas émettre de monnaie, et doit se contenter de faire varier le taux interbancaire de façon à contenir l’inflation dans des limites très étroites, comme le demandaient les Allemands, très attentifs à ne pas voir renaître l’inflation qui les avait ruinés dans les années 20.

Tout aurait pu fonctionner tant bien que mal si les critères de limitation du déficit public à 3% du PIB avaient été respectés, et si un certain nombre de pays, parmi lesquels la Grèce est le plus symptomatique mais non le seul, il s’en faut de beaucoup, n’avaient pas triché de façon éhontée pour apparaitre comme des candidats valables à l’Euro. En fait, la limite à 3% du PIB n’a jamais été respectée, pas plus d’ailleurs par l’Allemagne que par les autres pays membres, à l’exception du Luxembourg. Et beaucoup de pays membres, dont la France, se sont empressés de continuer à avoir des comptes publics lourdement déficitaires et à emprunter plus que de raison, encouragés par des taux exceptionnellement bas, et sans rapport avec leur situation financière réelle. L’Euro a ainsi joué un rôle d’anesthésiant et tout le monde a appuyé sur le champignon de la dépense, notamment la France qui devait financer les 35 heures, la CMU, la retraite à 60 ans, le chômage, le trou de la Sécu, le  revenu minimal d’insertion etc etc. Toutes ces avancées sociales ont été financées non par des ressources nouvelles ou des réaffectations de ressources, mais presque exclusivement par un alourdissement considérable de la dette. Puis la crise de 2009 est arrivée, et au financement des avancées sociales, il a fallu ajouter le soutien à l’économie qui s’effondrait et aux banques. C’est ainsi que nombre de pays de la zone Euro se sont retrouvés en situation de quasi faillite. Et sans le soutien de la BCE, qui a largement dépassé le rôle que lui assignaient les traités, et la politique intelligente et audacieuse de Mario Draghi, l’Euro aurait volé en éclats, et les finances des Etats membres avec.

Il est courant aujourd’hui d’entendre dire que l’Euro est trop fort pour les pays de l’Europe du sud, et que cet Euro fort est la cause de l’enfoncement de ces pays dans la crise, et de la cure d’austérité très rude qui leur est infligée. D’où l’idée de certains comme le jésuite Gaël Giraud de créer un Euro pour les pays du Nord, et un autre, de valeur moindre, pour les pays du sud. Les partis nationalistes vont plus loin en prônant tout simplement le retour aux monnaies nationales, afin de pouvoir dévaluer comme on le faisait allégrement avant l’Euro, et faire tourner la planche à billets.

Que faut-il en penser, et quelles seraient les conséquences d’une sortie des pays du sud, dont la France, de l’Euro ?

Pour les pays du sud, France comprise, le résultat immédiat serait absolument catastrophique : le taux de la dette s’envolerait, passant de 2,7% actuellement à 6 ou 7%, voire plus. Ce qui multiplierait par 2 ou 3 la charge de la dette, déjà supérieur en France au rendement de l’impôt sur le revenu. Autant dire que l’Etat ne pourrait plus emprunter, et se retrouverait dans l’impossibilité de payer ses fournisseurs, ses fonctionnaires, les prestations sociales etc. !

De plus, le prix des produits importés, dont la France dépend de plus en plus, notamment pour l’énergie, augmenterait dans la proportion où le franc serait dévalué par rapport à l’euro, soit au moins 30%. Ce qui pénaliserait d’autant l’industrie française, et absorberait une part importante de l’avantage né de la dévaluation. Une étude récente (Cf. La Croix du 24/2/2014) indique que le commerce extérieur français ne bénéficierait que très modérément de cette dévaluation 1. En revanche, les consommateurs devraient payer leur énergie, leurs télés, leurs smartphones, leurs vêtements made in China beaucoup plus chers. Sans compter les impôts nouveaux que l’Etat devrait lever pour faire face à l’impossibilité d’emprunter sur les marchés.

On l’aura compris, la sortie de l’Euro serait pour la France comme pour la plupart des pays européens, y compris l’Allemagne, un scénario catastrophe. Car l’Allemagne aussi en pâtirait, elle qui a largement profité de la zone euro et des facilités que se sont accordées les pays de la zone, dont le pouvoir d’achat a été artificiellement gonflé par les taux de crédit au plancher. Il suffit d’aller en Grèce pour voir les rues pleines de Volkswagen, Audi et autres Mercédès… La faillite des clients n’est jamais souhaitable pour un fournisseur.

Quelle solution alors pour retrouver la compétitivité perdue si la dévaluation est impossible ? Il n’y a pas d’autre solution que de baisser les dépenses, d’abord publiques, en réduisant les charges qui pèsent sur les entreprises, mais aussi privées. Les salaires ont augmenté depuis 2008 plus vite que l’inflation (d’environ 1 point en moyenne) 2, sans que ces augmentations correspondent à des gains de productivité ; Il faut probablement revenir à une plus grande rigueur, mais aussi que les entreprises n’affectent pas l’amélioration des marges à la rémunération des dirigeants ou des actionnaires. Un niveau d‘imposition record en France pèse lourdement sur la croissance, et le rendement de l’impôt s’en trouve très gravement affecté. Il existe pourtant une solution, refusée de façon irresponsable tant par l’actuel Gouvernement que son prédécesseur, c’est la « TVA sociale » qui pèse sur les importations comme sur la production intérieure, mais pas sur les exportations. C’est d’ailleurs la solution adoptée par le Danemark, qui, avec une TVA à 25% - le maximum autorisé par Bruxelles, - a réussi à rétablir sa balance commerciale et ses finances.

Ne rêvons pas, et cessons d’écouter le chant des sirènes : la mort de l’Euro, ou la sortie d’un pays de l’Euro, serait une catastrophe nationale et européenne, économique et politique 3.

Nationale, d’abord, car le garde-fou de Bruxelles, qui oblige les Etats membres à limiter leur déficit, sauterait, et on verrait alors le déficit enfler, à condition toutefois que les marchés acceptent de prêter, ce qui n’est pas acquis. L’Etat serait alors contraint de lancer un emprunt national couvert par les particuliers, qui seraient ainsi une nouvelle fois ponctionnés, avec peu de chances de récupérer leur mise. Tout ceci sans que l’équilibre de la balance des paiements s’en trouve restauré.

Européenne ensuite, car l’Europe retournerait à ses vieux démons : la compétition monétaire, qui s’ajouterait à la compétition sociale et fiscale déjà ravageuse, et les dévaluations en chaîne. Et surtout, le rêve de créer une monnaie commune à même de limiter l’omnipotence du roi Dollar s’évanouirait à jamais.

Contrairement à ce que l’on entend dire, l’euro est une formidable réussite, qui a permis aux pays membres de résister à la crise terrible qui a frappé l’Europe. Il est d’ailleurs victime de son succès car il est effectivement surévalué d’environ 10%.

Il faut maintenant mettre en œuvre des mécanismes de solidarité interétatiques, qui permettent de contourner la résistance allemande aux « eurobonds », et de créer un véritable gouvernement financier et monétaire de l’Europe, afin que ce grand œuvre initié à la fin du XXe siècle ne sombre pas dans les mesquineries et les égoïsmes nationaux. Ce sera au prochain Parlement d’en prendre l’initiative, à condition qu’il ne soit pas inhibé par une présence trop forte d’europhobes.

 

 

1-       « La ministre française du commerce extérieur, Nicole Bricq, a récemment souligné que «notre déficit commercial a été multiplié par dix en dix ans vis-à-vis de la zone euro», alors qu’il n’y a pas d’effet de change dans ce cas. D’ailleurs, complète Jérôme Héricourt, coauteur d’une note sur «les exportateurs français», les exportations allemandes «ne sont pas moins sensibles que celles de la France aux variations du taux de change», contrairement aux idées reçues. Seulement, elles disposent d’autres atouts (dont leur positionnement haut de gamme), qui les rendent attractives malgré ce «handicap». Enfin indique le CAE, un euro moins cher de 10% «renchérirait les importations d’environ 3,5%, sans baisse à court terme des volumes importés», limitant d’autant le gain de compétitivité final. » (La Croix du 24/2/2014)

 

2-       Y compris les augmentations individuelles « au mérite ».

 

3-      Voir l’article que j’ai écrit en juin 2011: Non, l'Euroi n'est pas mort, et qui reste, Grande-Bretagne mise à part, d’une totale actualité.

 

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