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Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante

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Après le OUI irlandais, l'Europe est-elle tirée d'affaire?

Enfin ! Le OUI irlandais au traité de Lisbonne, franc et massif, pour reprendre les termes du Général de Gaulle, sort l’Europe d’une ornière où l’avait jetée le non franco-hollandais au traité constitutionnel. Il faut s’en réjouir grandement : la construction européenne va enfin pouvoir reprendre. Ce OUI a été arraché aux Irlandais en grande partie grâce à la crise qui a très durement frappé l’Irlande, peut-être plus que tout autre pays membre. Les Irlandais ont enfin compris qu’ils ne pouvaient pas s’en sortir en faisant cavalier seul, et que les solutions ne pouvaient être que globales. Ils ont aussi compris que les propagandistes du NON leur avaient menti : presque tous leurs arguments étaient faux, depuis la libéralisation de l’avortement jusqu’à l’engagement de l’Irlande dans une défense européenne dont elle ne veut pas.

Est-ce que tout est réglé pour autant ?

Bien sûr que non.

Il y a d’abord le veto du président Vaclav Klaus, qui bloque la ratification du traité par la République tchèque. Mais gageons que les parlementaires tchèques, qui ont voté le traité, sauront lui faire comprendre que ce n’est pas une démarche très démocratique. Surtout, il y aura certainement une énorme pression de la part des autres pays membres pour qu’il appose sa signature sur un traité que ses parlementaires ont voté et qui a été ratifié par les 26 autres pays membres – la signature du président polonais étant acquise..

Mais il y a plus inquiétant : le revirement de l’Irlande a montré qu’un pays avait tout intérêt à faire de la résistance pour obtenir des concessions. Ainsi, après les Polonais qui ont admirablement su monnayer leur oui, les Irlandais ont-ils obtenu d’avoir un commissaire permanent, et non par rotation comme le prévoyait initialement le traité. Il est à craindre que, malgré le traité, on continue les marchandages de bazar qui ont caractérisé les relations entre États-membres depuis l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Union. Depuis l’exigence de Margaret Thatcher « I want my money back », à laquelle l’Union a eu le grand tort de céder, la plupart des pays membres n’ont vu dans l’Europe qu’une vache à lait dont il fallait s’efforcer de tirer le maximum. L’intérêt commun s’est ainsi peu à peu effacé devant les intérêts nationaux.

Y a-t-il un espoir que cela change ? Si espoir il y a, il ne peut venir que du Parlement européen, qui est la seule institution a avoir une réelle idée de l’Europe comme entité supranationale et à faire des projets qui ne soient pas dictés par les seules considérations nationales. Peut-être avez-vous entendu à la radio il y a quelques semaines un ex-parlementaire français communiste, qui a prononcé un plaidoyer pour une Europe politique comme je n’en avais pas entendu de la part d’un homme politique français depuis longtemps. C’est à Strasbourg que vit l’Europe. Pas dans les méandres de la Commission, et surtout du Conseil des ministres, où l’intérêt national est encore souvent le seul critère de positionnement.

Il faut également se faire du souci si les conservateurs remportent les élections en Grande Bretagne au printemps prochain comme le prévoient tous les sondages. L’euroscepticisme est l’un des grands chevaux de bataille de David Cameron, qui a annoncé que si le traité de Lisbonne n’était pas encore entré en vigueur quand les conservateurs arriveront au pouvoir, ils reviendraient sur la ratification britannique et feraient appel au peuple dans un référendum. Rodomontades ? Pas sûr. La Grande-Bretagne a une longue tradition de chantage auprès de l’Union, même si la situation dramatique de la livre sterling en fait réfléchir plus d’un sur le train manqué du traité de Maastricht. On peut seulement espérer que les milieux d’affaires britanniques auront suffisamment de poids auprès du nouveau gouvernement pour le faire renoncer à ses sombres projets.

En conclusion, la construction européenne reste fragile, et demande de la part de tous ceux qui souhaitent sortir du cadre étroit des politiques nationales dont on ne voit que trop aujourd’hui les limitations et les insuffisances, qu’ils ne relâchent pas leur effort.

 

Pour ceux qui voudraient avoir des précisions sur ce que le traité de Lisbonne va changer, je recommande une visite au site de la Fondation Robert Schuman:

http://www.robert-schuman.org/tout-comprendre-sur-le-traite-de-lisbonne.php

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