Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Nos dirigeants réunis à Pittsburgh se sont congratulés des mesures prises pour lutter contre la crise et éviter son retour.
Un article signé Fédéric Lordon ,économiste au CNRS, paru cette semaine dans Télérama, vient opportunément nous rappeler que rien n’est réglé, et que même tout est réuni pour qu’une crise analogue, voire pire, resurgisse à brève échéance.
Son argumentation tient à l’incapacité qu’ont les gouvernements à réguler l’action des banques, qui ont repris leurs mauvaises pratiques d’utiliser l’argent de leurs déposants pour faire de la spéculation sur les marchés financiers. Ce n’est pas la limitation des bonus, nous dit Lordon, ou la chasse aux paradis fiscaux, qui ne servent qu’à amuser la galerie, qui résoudront les problèmes redoutables que cette crise a fait naître. Ou plutôt qu’elle a révélés et qui tiennent à la structure du système financier international.
Premier écueil, dit Lordon : la crise a abouti à une concentration des banques qui sont devenues le plus souvent des monstres qui ne pourront à l’avenir être sauvés par les États que moyennant des injections de capitaux de plus en plus massives, mettant en péril la solvabilité même de ces États.
Deuxième écueil : la séparation entre banques d’affaires et banques de dépôt, qui a volé en éclat aux US sous la présidence de Clinton, n’a pas été rétablie, bien au contraire. Et donc les risques sont toujours là.
Troisième écueil : La collusion entre les financiers et les politiques est plus forte que jamais. Paulson a laissé tomber Lehman parce qu’il était l’ancien président de Goldman Sachs, qui est aujourd’hui un empire plus puissant que jamais. Et en France ce n’est pas mieux, avec un président Sarkozy qui écoute d’une oreille complaisante un Michel Pébereau ou un François Pérol, très liés pourtant avec cette finance qui est à la source même de la crise.
Faut-il pour autant désespérer ? le G20 a révélé ce qu’on savait déjà : il ne faut pas compter sur les USA pour nous sortir du pétrin. Quoique Obama fasse ou dise, la finance y est bien trop puissante et proche du pouvoir pour qu’on puisse la réformer en profondeur. Alors on se contente d’accords a minima qui satisfont tout le monde parce qu’ils ne fâchent personne.
L’Europe a une carte à jouer : pris un par un, les États européens ne peuvent rigoureusement rien faire que de la comm’. Ce que fait à merveille Sarkozy. Mais unis, avec une véritable politique d’encadrement du système bancaire et de la finance, ils peuvent peser sur le cours des choses et infléchir cette spirale infernale dans laquelle plonge le monde. Encore faut-il que les Européens s’entendent et opposent un front commun. L’Allemagne et la France le pourront – le voudront-elles ? En tous cas, l’Europe dispose avec la BCE et l’Euro du cadre nécessaire pour s’engager dans une telle voie. Et qui sait ? Lorsque les incertitudes nées de la ratification par l’Irlande du traité de Lisbonne seront levées – croisons les doigts – lorsque l’Allemagne aura établi son nouveau gouvernement, peut-être alors une position commune pourra-t-elle se faire jour ? C’est notre seul et dernier espoir...