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Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante

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Après le 25 mai: premiers commentaires

Une première réaction à chaud après ces élections européennes, dont le résultat me désole mais ne m’a pas surpris.

  • Il ne faut pas mettre ce résultat sur le dos du seul euroscepticisme. Il n’y a finalement que moins de 15% des électeurs inscrits qui ont voté FN, Front de gauche ou autres europhobes. En effet, les abstentionnistes ont considéré que cela ne valait pas la peine de se déplacer. On peut donc penser qu’ils ne sont pas contre l’Europe, ou en tous cas pas violemment. Comme le disait un participant à un forum – je ne sais plus lequel – les europhobes ne s’abstiennent pas ! Là est d’ailleurs la cause d’une participation qui n’est pas en baisse, contrairement à ce qui était attendu. Tous les sondages montrent que si les Français restent critiques vis-à-vis de l’Europe, ils ne remettent pas en cause l’idée d’Union, ni même l’Euro.
  • Il est très difficile de distinguer dans le vote FN ce qui relève du rejet fondamental de l’Europe (europhobie), de la critique de la façon dont l’Europe est gérée (euroscepticisme), et du rejet de la politique gouvernementale. L’effondrement du PS montre que celui-ci, malgré les dernières tentatives de Valls, ne parvient pas à redresser la barre de la confiance. La chute de l’UMP procède de la même démarche : les récents déboires de Coppé, les divisions du parti, achèvent de décrédibiliser un parti qui ne parvient pas à capitaliser sur le rejet de la politique gouvernementale. Il faut ainsi distinguer les vote des Français de celui des Britanniques, des Autrichiens, des Hongrois, des Hollandais, des Danois ou d’autres pays qui ont aussi voté massivement pour les partis souverainistes, bien que, dans l’ensemble, ils ne connaissent pas de crise économique, ou qu’elle y soit plus faible qu’en France. Pour ceux-là, il s’agit d’un vrai rejet de l’Europe fédérale et d’une montée en puissance des nationalismes. Mais cela ne date pas d’hier… Et curieusement, les pays les plus touchés par la crise, Grèce à part, c’est-à-dire le Portugal et l’Espagne, n’ont pas voté pour les listes nationalistes. Même la Ligue du Nord en Italie, pourtant implantée depuis longtemps, n’atteint pas les 10%
  • L’alliance Modem-UDI se maintient autour de 10%. Ce qui est encourageant, car il s’agit là du seul parti, avec EELV qui lui aussi se maintient, qui soit ouvertement en faveur de la poursuite de la marche vers une Europe fédérale.
  • Il faut maintenant essayer d’anticiper ce qui va se passer. Une seule chose est sûre : la France par ce vote a fini de se déconsidérer. Elle va envoyer à Strasbourg 25 députés FN qui n’ont aucune connaissance des mécanismes européens, et n’ont aucune envie de s’y couler. Ils seront donc tenus à l’écart, même s’ils arrivent, ce qui est probable, à constituer un, voire deux groupes avec les autres europhobes. Mais il est peu probable qu’ils se mettent d’accord sur une ligne d’action unique, car ils sont profondément divisés. Et cette division va très vraisemblablement se manifester dès le vote pour la présidence de la Commission. Certains voteront Juncker, parce qu’il n’est guère fédéraliste, d’autres n’en voudront pas parce qu’il l’est trop, ou parce qu’il est « le représentant de la finance », ou est trop à l’écoute de Mme Merkel, ou pour une toute autre raison.
  • Une autre conséquence prévisible est l’accentuation de la domination allemande sur l’Europe : les Allemands ont voté massivement pour la DC de Mme Merkel. Elle s’en trouve largement renforcée. Et on peut lui faire confiance pour maintenir une ligne dure sur l’Euro. Contrairement aux Français, les Allemands sont conscients des enjeux, font bloc derrière leur chancelière et ne se tirent pas une balle dans le pied.
  • Le Royaume-Uni est dans le même cas que la France. La présence massive de l’UKIP à Strasbourg va reléguer les Britanniques à un rôle de spectateurs. Peut-être même est-elle le prélude à une sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union. En tous cas à une perte notable d’influence à Strasbourg et dans les institutions européennes en général.
  • Pour le reste, je reviendrai vers vous prochainement. Je participe ce soir à un débat à Sciences-Po sur les suites du vote d’hier. Ce sera intéressant. Une chose est sûre : on ne va pas pouvoir continuer comme avant. Ou les institutions européennes prennent conscience de leur manque de transparence, du déficit démocratique, de la nécessité absolue d’informer les citoyens des décisions qui sont prises et de les expliquer. Ou bien l’Union disparaîtra dans le chaos général.

On n’en est pas là, mais il ne faut pas attendre trois semaines avant 2019 pour se retrousser les manches. Je ne vais donc pas m’arrêter !

A très bientôt

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