Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
La date fatidique approche. Le 25, nous voterons pour élire nos représentants au Parlement européen. Il est consternant et scandaleux que les Pouvoirs publics n’aient pas obligé le Service public de télévision à retransmettre le débat qui opposera le 15 les candidats à la présidence de la Commission, sous prétexte qu’il faudrait traduire ce débat qui aura lieu en anglais. Alors que tous, sauf le Grec, sont parfaitement francophones !!! Il aurait suffi de les inviter à un débat en français sur nos chaînes. C’est dire le peu de cas que font de l’Europe nos hommes politiques et nos média*.
Et pourtant, quel enjeu majeur ! Pour la première fois, grâce au traité de Lisbonne si décrié par les soi-disant « démocrates », le Parlement pourra faire élire une Commission conforme à ses souhaits, et donc peser très effectivement sur la politique de la Commission qui, ne l’oublions pas, a encore le monopole des projets de directives.
Quelle politique ? Allons-nous continuer à accepter que la Commission ne s’occupe que de la taille des concombres et des normes de sécurité des escabeaux de cuisine ? La Russie menace de couper l’approvisionnement en gaz de 18 pays européens qui en dépendent à plus de 50%, et la Commission légifère sur les escabeaux !!!! Pouvons-nous, nous citoyens européens, tolérer cela ? La politique énergétique n’est pas de la compétence de la Commission. Aujourd’hui. Mais si demain le Parlement s’empare du sujet et demande à la Commission d’élaborer un projet d’harmonisation des politiques énergétiques, il faudra bien que la Commission s’exécute ! Cela va provoquer un bras de fer avec les Etats-membres qui n’en veulent pas ? Rien n’est moins sûr, car le Parlement va détenir la légitimité démocratique. A moins que l’abstention n’atteigne des records… Et on voit bien avec la crise ukrainienne que les Etats membres n’ont aucun moyen de pression individuellement pour contraindre les Russes à lâcher du lest dans la crise ukrainienne.
Il est donc indispensable que ces élections recueillent une participation substantielle. Mais pour quelle liste voter ? Il y en a plus de 20 en concurrence ! Permettez-moi de vous apporter quelques critères de choix.
Il faut tout d’abord écarter les choix dictés par les seules préoccupations nationales : c’est de l’avenir de l’Europe qu’il s‘agit, pas de la petite cuisine politique franco-française. Donc évitons de reprendre les vieux schémas droite-gauche qui n’ont pas grand sens : il y a des pro et des anti-européens dans chaque camp. Il n’est pas question non plus de « sanctionner » le gouvernement ou de voter comme s’il s’agissait d’élections nationales. Il faut privilégier les listes qui prennent clairement parti pour la poursuite de la construction européenne, dans une direction fédérale ou confédérale, l’Europe des nations ayant largement fait la preuve de son inefficacité. Même s’il y a sur les listes UMP des députés sortants qui ont fait un excellent travail et sont de très bons connaisseurs des rouages des institutions européennes, comme Constance Le Grip ou Alain Lamassoure, il y a trop de « recalés » des élections nationales qui n’ont aucun intérêt pour l’Europe – je ne citerai pas de noms… C’est peu ou prou la même chose du côté socialiste, ou, à côté de personnalités à la compétence incontestable comme Pierre Moscovici, il y a d’anciens ministres de l’Education nationale qu’on préférerait voir ailleurs… Par ailleurs, le PPE (Parti Populaire Européen) dont fait partie l’UMP, a choisi Jean-Claude Juncker comme candidat à la présidence de la Commission, et qui est trop lié au monde de la finance à mon goût. Les Verts européens, beaucoup moins extrémistes que les Verts français, sont également largement en faveur d’une Europe fédérale. Leur champion à la présidence de la Commission est José Bové.
Alors il reste la liste Alliance (UDI-Modem), dont la chef de file est Sylvie Goulard, dont la compétence et l’engagement européens ne sont plus à démontrer, et qui mène une campagne courageuse. Cette liste est totalement en phase avec les valeurs de la démocratie chrétienne qui ont été à l’origine de la construction européenne. Et elle a choisi comme candidat à la présidence de la Commission Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge, très rompu aux négociations, excellent connaisseur des institutions européennes et fédéraliste convaincu.
Et puis il y a les petits partis. Vous pouvez les écouter sur Fréquence Protestante, qui leur a consacré une tribune samedi : http://regardssurlapolitique.com/2014/05/03/direct-debat-sur-les-elections-europeennes-a-12h00/.
Vous pouvez aussi lire l’article de la vie consacré aux « petits partis » http://www.lavie.fr/actualite/france/elections-europeennes-les-petites-listes-tirent-leur-epingle-du-jeu-05-05-2014-52611_4.php
N’hésitez pas à me faire part de vos interrogations, doutes, critiques. Le fédéralisme est une vision à horizon plus ou moins lointain, et la route sera longue et difficile. Mais raison de plus pour s’y engager maintenant. Nous n’avons perdu que trop de temps. L’idée de fédération fait son chemin. Les peuples y sont plus favorables qu’on ne croit, car ils perçoivent bien que l’avenir de nations européennes indépendantes est totalement bouché et qu’une Europe à 28 sans institutions fédérales ne peut pas fonctionner, comme on vient de s’en apercevoir avec la crise bancaire où la BCE a dû pallier les insuffisances du traité de Maastricht pour sauver l’Euro. Les politiques s’accrochent à leurs mandats, leurs prérogatives, et voient d’un mauvais œil l’Europe prendre le pas sur leur pré carré. Mais si une volonté se dégage des urnes dans le sens fédéral, il faudra bien qu’ils en tiennent compte. Il n’y a pas d’autre alternative que bâtir maintenant une Europe fédérale ou sortir de l’Union, comme prévoit de le faire imprudemment mais logiquement le Royaume Uni.
Je reviendrai très prochainement sur ce que peut être un système fédéral européen.
Si vous habitez dans l’ouest de Paris, je vous recommande vivement la conférence-débat que donnera Jérôme VIGNON, ancien directeur à la Commission et président des Semaines Sociales de France, sur le thème « POURQUOI VOULOIR L'UNION EUROPEENNE AUJOURD'HUI ? » le jeudi 15 mai 2014 à la salle de l’Atrium (voir PJ.)
Des liens utiles pour s’informer :
http://elections-europeennes.robert-schuman.eu/
http://www.lcp.fr/emissions/docs-ad-hoc/vod/159203-nous-autres-europeens
Et si vous ne savez pas pour quel parti voter, faites le test pour savoir de quel parti vous êtes le plus proche : http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/visuel/2014/05/05/europeennes-2014-de-quel-parti-etes-vous-le-plus-proche_4411799_4350146.html
* Vous pourrez néanmoins suivre un débat entre Jean-Claude JUNKER et Martin SCHULTZ sur LCI et RTL le 13 mai à 18h30