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Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante

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Vous avez dit « souveraineté nationale » ?

Avec l’Union européenne et le traité de Maastricht, la France a-t-elle abandonné sa souveraineté nationale ? C’est aujourd’hui le discours simpliste des partis dits « populistes » : Front de gauche et Front national. Que peut-on opposer à ces discours, parfois violents : je me suis fait traiter de « traître » à ma patrie sur un forum où j’avais osé plaider pour une Europe fédérale.

La première chose à dire est qu’il n’existe pas d’État totalement souverain, c’est-à-dire qui ne dépendrait d’aucun autre et serait libre de décider ce qu’il veut. Le seul exemple était Cuba, et serait peut-être encore la Corée du Nord, mais même ce trou noir de la démocratie doit tenir compte des positions du grand frère chinois, comme Cuba dépendait de la défunte URSS. On voit où cet isolationnisme a conduit ces pays. Tous les autres États ont passé des accords de coopération avec leurs voisins ou d’autres puissances, ne serait-ce que les grandes sociétés multinationales, qui bénéficient souvent de prérogatives exorbitantes du droit commun. Par ailleurs, nous vivons aujourd’hui dans un monde interconnecté, et les frontières n’arrêtent pas Internet, comme vient de l’expérimenter à ses dépens le premier ministre turc.

En fait, il n’y a pas de souveraineté qui ne s’appuie sur une puissance économique et/ou militaire. La souveraineté exige d’avoir les moyens d’imposer son point de vue ou ses volontés dans les rapports de force qui règnent en maître sur la scène internationale. La question se pose dès lors pour la France : avons-nous les moyens de nos ambitions nationales ? Il est clair que ce n’est aujourd’hui plus le cas, et qu’une sortie de l’Union serait pour la France un désastre comparable, sur le plan économique, à celui de la crise de 29. La France serait définitivement marginalisée, « albanisée », retranchée derrière son parapluie nucléaire, dont elle n’aurait bientôt plus les moyens. Même une sortie de l’Euro aurait des conséquences dramatiques, amenant une inflation d’au moins 30%, une fuite de capitaux comme nous n’en avons pas connu depuis 1981, une montée fulgurante du taux d’emprunt nous interdisant de nous financer sur les marchés, une chute vertigineuse des investissements, et une montée corrélative du chômage. J’ai montré dans un précédent article que la dévaluation de fait du franc par rapport à l’euro n’aurait que des conséquences minimes sur nos capacités à exporter.

Pendant longtemps – jusqu’à l’entrée du Royaume Uni dans la CEE, la France – et notamment le général de Gaulle - a vu l’Europe comme un moyen d’assoir son leadership sur une Europe encore traumatisée par la guerre. Puis Georges Pompidou a fait entrer le loup dans la bergerie, en poussant à l’entrée du Royaume Uni, pensant qu’il serait un contrepoids à l’Allemagne dont la montée en puissance l’inquiétait, et surtout que les Anglais n’accepteraient jamais un système fédéral dont il ne voulait pas. Il n’avait que trop bien vu ! Mais le leadership de la France en Europe a connu un coup d’arrêt certain, qui s’est concrétisé par l’abandon du français comme langue communautaire au profit de l’anglais et la mise en œuvre progressive d’une politique ultra-libérale qui nous a considérablement affaiblis dans le jeu de la mondialisation. Avec le traité de Maastricht, le président Mitterrand a voulu ancrer l’Allemagne dans l’Europe en créant l’Euro. C’était fort bien joué. Sauf que l’on est resté au milieu du gué, car ni la France ni l’Allemagne n’ont voulu tirer les conséquences de cette union monétaire qui appelait pour être viable une union des politiques économiques et fiscales. La crise de l’Euro que nous avons connue en 2010-2011, et dont nous ne sommes pas totalement sortis, découle directement de cette incohérence et de ce manque de courage.

Nous sommes aujourd’hui au milieu du gué, et face à un virage qui sera décisif : ou bien la France s’engage avec l’Allemagne dans un processus conduisant à brève échéance à une Europe fédérale, ou bien l’Europe va continuer sur cette pente descendante de la déflation rampante, du chômage endémique, de la perte de compétitivité, et finalement de sa perte de souveraineté, car ce seront les grandes puissances, Chine en tête, mais aussi Russie, comme on le voit avec la crise ukrainienne, qui nous dicteront leur loi.

C’est dans une Europe fédérale que se trouve le salut pour la France - et pour l’Europe. C’est pour la France le seul moyen de reprendre l’initiative, de peser à nouveau dans les grandes décisions qui vont engager les 20 ou 30 années à venir, dans les domaines énergétique, du développement durable, de la recherche, de l‘enseignement, mais aussi qui vont permettre à l’Europe de peser à nouveau sur la scène internationale. La crise ukrainienne est un affront terrible pour l’Europe : cette crise à nos portes se résout par des tractations dans notre dos entre Russie et USA, et nous n’avons rien à dire parce que nous parlons de plusieurs voix divisées. Vous avez dit « souveraineté » ? J’aimerais savoir comment Mme Le Pen peut continuer à prêcher pour la sortie de la France de l’Union. Il n’y a rien à gagner et tout à perdre.

Mais il devient urgent de réformer l’Union et de la doter d’une structure vraiment fédérale, qui lui permette d’apparaitre comme un acteur majeur sur la scène internationale et de peser dans la compétition économique mondiale. Notre ministre du redressement productif voulait déclarer la guerre à la mondialisation. Ce n’est pas la France seule qui peut jouer ce rôle. Mais une Europe unie pourrait rééquilibrer les forces en présence et permettre d’être un peu moins les dindons de la farce dans les négociations internationales.

Comment aller plus loin et plus vite vers une Europe fédérale ? Ce sera l’objet de ma prochaine missive.

 

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