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Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante

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Le réquisitoire d'un Européen du siècle

A qui la faute si l'Europe est de plus en plus dénigrée, contestée, mal-aimée, calomniée ? Aux mouvements populistes? Ou aux chefs d'Etat qui ne prennent pas leurs responsabilités?

Guy VERHOFSTADT est le président du Groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe au Parlement européen. Il nous livre ici (La Croix du 16 mais 2011) une analyse en forme de réquisitoire de l'antieuropéisme qui se développe dans la plupart des membres de l'UE.

 

Je le confesse. Je fais partie de cette caste d’européistes qui rêve de détruire la nation et d’instaurer une dictature technocratique sans âme prenant ses ordres à l’étranger. Je veux affamer le peuple, le réduire au chômage et à la misère, et, pour achever ce complot mondialiste, je travaille en sous main à l’envahissement de nos territoires par des hordes barbares. J’assume ce portrait, cette caricature que répand l’extrême droite et gauche, et tout ce que l’Europe compte de partis populistes, à l’encontre de ceux qui œuvrent pour une Europe unie, plus forte et plus solidaire.

Mais je serai beaucoup plus sévère pour ceux de mes collègues qui ne parviennent plus à assumer ces campagnes de dénigrement surfant sur les peurs de nos concitoyens face à la mondialisation. Je suis sévère avec ceux, à l’instar de Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi ou Angela Merkel, qui trahissent l’intérêt général européen pour un plat de lentilles électorales. Et je suis d’autant plus sévère qu’ils sont seuls responsables de cette dramatique évolution de l’opinion publique. À force de suivre le vent, telle des girouettes médiatiques, ces chefs d’État et de gouvernement décrédibilisent l’action politique. On attend d’un chef qu’il fixe un cap et non que la destination suivie dépende du dernier fait divers ou du dernier cours de bourse.

Ainsi en est-il de cet afflux modeste de Tunisiens à Lampedusa. La France et l’Italie demandent plus de gouvernance pour la zone Schengen. Très bien. On le demande tous depuis 1999 et le sommet de Tampere au cours duquel les chefs d’État et de gouvernement s’étaient prononcés pour un système commun d’immigration et d’asile. Qu’a-t-on fait depuis ? Pas grand-chose. Mais est-ce de la faute de l’Europe ou des administrations des États membres, qui s’arc-boutent sur leurs propres systèmes nationaux et empêchent l’émergence d’un régime commun ? Ainsi en est-il encore de la crise obligataire qui après la Grèce et l’Irlande frappe maintenant le Portugal. À juste titre, les électeurs finlandais, et d’autres, s’inquiètent du délitement de la zone euro. Mais à qui la faute ? À ceux qui comme moi et les européistes réclament depuis un an un marché obligataire unique et un fonds monétaire européen ? Ou à celle de l’Allemagne et des Pays-Bas qui nous contraignent à des arrangements boiteux, au cas par cas, qui se révèlent inefficaces, coûteux pour les pays endettés et risqués au final pour ceux qui leur prêtent de l’argent ?

Ce refus d’assumer les décisions déjà prises, de tirer les conséquences politiques des situations de fait qu’ils ont eux-mêmes créés ne peut évidemment qu’inquiéter de larges couches de la population. Mais où est le pilote ? se demandent-ils. Et ils n’ont pas fini de se le demander. Car je peux d’ores et déjà écrire la suite du scénario noir qui va permettre aux populistes de marquer de nouveaux points. L’Europe fait aujourd’hui face à un double problème de compétitivité et de croissance. Nous avons besoin d’investir des centaines de milliards d’euros pour moderniser nos infrastructures énergétiques, de transports, de télécommunications, mais aussi de recherche. L’argent existe. C’est l’épargne européenne qui finance aujourd’hui la croissance chinoise et la dette américaine. Nous sommes quelques-uns à proposer un grand emprunt pour drainer cette épargne vers le développement de notre propre continent. Mais c’est tellement plus flatteur pour des leaders à courte vue de faire chacun leur petit emprunt national, leur petite politique économique, ne faisant ainsi qu’attiser la concurrence entre eux plutôt que d’unir leur force par rapport à la Chine et aux États-Unis. Et qui sera désignée responsable de ce fiasco programmé ? L’Europe bien sûr, qui sans budget ni moyens, ne va effectivement pas faire grandchose pour créer les emplois de demain dans l’industrie verte et le commerce virtuel.

Chaque étape franchie par l’Europe l’a été avec le soutien actif des hommes d’État qui se sont succédé à la tête de nos pays, la génération suivante assumant les décisions de la génération précédente. Valéry Giscard d’Estaing a ainsi lancé le système monétaire européen qui a servi de base à François Mitterrand pour la création de l’euro. On assiste aujourd’hui à un phénomène inverse où l’on voit les promoteurs du traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, renier leur propre héritage par crainte d’apparaître comme de mauvais Français ou Allemand. Moi je fais parti des vrais Européens et ce ne sont pas les populistes de tout poil qui parviendront à me rendre honteux de vouloir encore un avenir pour nos vieux pays et la jeune Europe.

Ce refus de tirer les conséquences politiques des situations de fait qu’ils ont eux-mêmes créées ne peut évidemment qu’inquiéter de larges couches de la population. Mais où est le pilote ?

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F
<br /> Peut-être dois-je m'excuser de revenir sur le sujet mais je ne partage absolument pas ton pessimisme latent qui grossit chaque attitude ou parti "populiste". Ces réactions sont parfaitement<br /> légitimes ou du moins compréhensibles car elles expriment les malheurs que connaissent ceux qui, à chaque cassure économique ou politique, se sentent victimes de l'évolution de la société et<br /> tentent désespérément de trouver un coupable et de renverser la marche du temps: le poujadisme est né de la transformation des méthodes et structures de commerce, la perte des colonies et le<br /> ralentissement de la croissance ont conduit au chômage et les coupables désignés sont les émigrés des ex-colonies...les partis populistes sont faibles et n'ont une position d'influence que dans 2<br /> pays européens; en France les deux seuls partis de gouvernement ont une attitude franchement europhile; donc ne grossissons pas constamment des raisonnements alarmistes.<br /> Félix<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Cher Félix,<br /> <br /> <br /> Bien sûr, les partis populistes ont de très bonnes raisons de surfer sur la misère, le désenchantement, l'inquiétude. Mais d'abord, je ne suis pas du tout certain que tous les sympatisants de<br /> Marine soient des pauvres, des exclus ou se sentent menacés par la mondialisation. Me Gilbert Collard, qui vient d'annoncer avec éclat son ralliement, n'est certainement pas dans cette catégorie.<br /> Et il n'est pas le seul. Il doit bien y avoir 30% des Versaillais qui votent Marine ou la regardent avec sympathie...<br /> <br /> <br /> Ensuite, les partis populistes sévissent dans beaucoup plus de deux pays de l'UE: la Finlande, où ils viennent d'entrer en force au Parlement, menace de quitter l'Euro... Le parti indépendantiste<br /> flamand est fortement europhobe. La Ligue du Nord italienne n'a rien à envier aux thuriféraires de Marine. L'Autriche est toujours travaillée par les partisans de Jörg Haider, qui a quand même<br /> été au gouvernement pendant plusieurs années après avoir dirigé la Carinthie! Ce n'est pas une menace en l'air!<br /> <br /> <br /> Mais là n'est pas le plus inquiétant: ce que dénonçait Guy Verhofstadt, c'est l'alignement implicite des chefs de gouvernement sur les positions euphobes de ces partis extrémistes. Loin de les<br /> dénoncer comme dangereuses, ils semblent y prêter une oreille complaisante, reprenant nombre de leurs slogans sur "l'invasion des immigrés dans l'espace de Shengen". Ou, comme en Allemagne,<br /> nombre de politiques comme ce ministre chrétien-démocrate du land de Bavière refusent que la Commission continue à être l'organisatrice de l'aménagement des accords de Schengen demandé par la<br /> France, l'Italie, et maintenant le Danemark... ce qui ouvre la porte à toutes les surenchères nationalistes et xénophobes.<br /> <br /> <br /> Si nous n'y prenons pas garde, nous allons sortir subrepticement des traités de Rome, Maastricht et Schengen pour entrer dans une zone de concertation entre gouvernements, avec tous les risques<br /> que cela représente que ce soient les payeurs qui dictent leur loi...<br /> <br /> <br /> Je ne suis pas pessimiste: je tire le signal d'alarme, car personne ne semble conscient de cette dérive. Ou alors, tout le monde s'en fout, car les chefs de gouvernement y trouvent leur compte et<br /> peuvent jouer à qui fera le plus de gesticulations...<br /> <br /> <br /> Non ce n'est pas l'Europe qu'ont conçue et construite tous ceux qui ont vraiment fait l'Europe, et qui sont, comme je l'ai dit, soit morts soit à la retraite. L'Europe s'est construite et se<br /> construira sur un idéal. Pas sur des marchandages de marchands de tapis qui ont fait leur le cri de Margaret Thatcher: " I want my money back!"...<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> Je déteste respectueusement ces censeurs qui prennent la pose d'une personnalité au-dessus de la cohue pour débiter avec des accents indignés une succession de lamentations et de condamnations<br /> dépourvues de fondements démontrés et de comparaisons prenant en compte des données objectives et des comparaisons historiques incontestables. Les partis extrêmistes d'aujourd'hui de gauche comme<br /> de droite, sont des agneaux comparés à ceux de l'entre-deux-guerres et même ceux du début du XXème siècle: que l'on relise les manifestes de la droite et de "La Croix" au moment de l'affaire<br /> Dreyfus, du conflit colonial sur le Maroc en 1912 entre France et Allemagne, des affrontements franco-francais de l'affaire Staviski en 34 et les envolées oratoires de la famille Le Pen<br /> n'apparaîtront que comme bien pales improvisations. Il n'y a pas de partis populistes actuellement comme la France en a connu pour anéantir les juifs, refouler les italiens, polonais, etc chassés<br /> de leur pays par la misère.<br /> Quant aux chefs d'états européens, je trouve que sur le sujet européen ils font raisonnablement bien leur boulot: que ce soit de Gaulle qui malgrè son peu d'attrait pour le sujet a accepté la<br /> signature du traité de Rome, ou bien Mitterand qui malgré sa crainte de la puissance allemande a accepté sa ré-unification et je ne vois pas de fausse note menaçante des partis de gauche ou de<br /> droite qui sont traditionnellement ou bien contre l'Europe libérale en économie ou bien nationaliste en politique étrangère.<br /> Pour conclure je serai heureux de trouver dans ce blog sur l'Europe une substance nourrissante, qui à bonne hauteur fournirait des élèments d'analyse et de compréhension...peut-être que cette<br /> matière est absente de la presse?... je n'en suis pas sûr mais pour autant mon cher Claude je ne veux pas t'accabler par un travail de documentaliste et je te remercie quand même d'avoir eu l'idée<br /> de créer ce support sur l'Europe.<br /> Félix<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Cher Félix<br /> <br /> <br /> Merci pour ton commentaire.<br /> <br /> <br /> Quelques remarques rapides :<br /> <br /> <br /> -          Guy Verhofstadt n’est pas n’importe qui : il est président de groupe au Parlement de Strasbourg, et connaît donc les institutions<br /> européennes mieux que quiconque. Et il s’alarme de voir l’Europe de plus en plus malmenée par les partis populistes, qui poussent leurs gouvernements à la sortie de l’euro, et même pour certains<br /> d’ l’Union. Et les dits gouvernements, au lieu de prendre la défense de l’Europe – et ce ne serait pas très difficile, laissent dire, et, pire, en rajoutent, comme le Danemark, pas plus tard<br /> qu’hier. Il est donc parfaitement autorisé à dire que les chefs de gouvernement ne jouent plus le jeu européen.<br /> <br /> <br /> -          Peu importe que les partis populistes d’aujourd’hui soient plus ou moins véhéments qu’il y a 70 ans. Ils se font les propagandistes d’un<br /> nationalisme étroit, chauvin, égoïste, voire méprisant, comme le montre  l’appellation « PIGS » pour les pays du sud, et ces critiques ne sont pas contredites. Elles sont même,<br /> dans le cas de l’Allemagne par exemple, reprises et amplifiées par les membres du gouvernement.<br /> <br /> <br /> -          Il faut redire à ces démagogues de tous bords que l’Union est la seule façon de jouer un rôle dans la mondialisation, et que l’on n’y<br /> parviendra que si les pays européens acceptent un certain nombre d’avancées qui nécessitent des abandons de souveraineté : un vrai budget européen, une harmonisation fiscale et sociale qui<br /> empêche le dumping de certains pays membres, une politique budgétaire concertée, une position commune forte dans les discussions de l’OMC, une politique d’immigration commune, etc etc. On en est<br /> fort loin, et même, on s’en éloigne chaque jour davantage.<br /> <br /> <br /> -          Pour ce qui est de ma contribution par ce blog, je ne cherche pas à donner des infos que l’on ne trouve pas dans la presse. Je signale les<br /> articles qui me paraissent présenter une position intéressante, et donner des arguments à ceux qui sont sincèrement pro-européens, et ne savent pas comment s’y prendre pour contrer les arguments<br /> des europhobes. Lourde tâche !<br /> <br /> <br /> Merci de ton soutien.<br /> <br /> <br /> <br />