Offrir aux partisans d'une intégration politique de l'Europe des arguments contre l'europhobie galopante
Les négociations pour la présidence de la Commission ont commencé. Le Parlement fait bloc derrière J-C Juncker. Même les socialistes avec Martin Schulz, même l’extrême gauche ! Les eurodéputés sont bien conscients qu’ils jouent là une partie décisive : ou bien ils imposent le candidat du parti arrivé en tête – Juncker – ou bien ils s’en remettent au Conseil européen, et acceptent de se voir imposer une personnalité falote de type Ashton ou Barroso. Et alors bye bye la suprématie du Parlement sur la Commission. Celle-ci sera à nouveau aux ordres du Conseil européen, et les marchandages entre chefs d’Etat pourront continuer. Et ce seront les abstentionnistes du 25 mai qui auront eu raison. Angela Merkel est face à un dilemme difficile : elle préfère Juncker, qui appartient comme elle à la Démocratie chrétienne, mais elle ne veut pas fâcher Cameron, qui n’en veut à aucun prix. Qui va gagner ? Comme d’habitude, tout se joue en coulisses et tout est affaire de rapport de forces. Et que fait notre cher Président dans tout cela ? Il semble décidé à jouer une autre carte : à défaut de Pierre Moscovici, dont personne ne veut, il serait prêt à mettre en selle Pascal Lamy ou même Christine Lagarde ! Dommage que DSK soit grillé ! Devinez qui va gagner ? Comme nos partenaires en ont pris l’habitude, la France n’a plus son mot à dire et joue les arbitres de touche. Et Angela n’a pas du tout envie de se retrouver seule en tête à tête avec Hollande… On n’a pas fini de réaliser à quel point la France s’est tiré une balle dans le pied en envoyant 24 députés FN à Strasbourg…
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les critères de choix du Président de la Commission, voir le dossier de la Fondation Robert Schuman
En attendant, je vous propose un retour sur le scrutin du 25 mai, en vous recommandant cette analyse d’Alfred Grosser, fin connaisseur de l’Allemagne et excellent analyste des rapports franco-allemands. Il y dénonce la lâcheté des médias et des hommes politiques. Mais il ne dit mot de la très lourde responsabilité du Parlement et de la Commission, qui se sont révélés incapables de faire valoir leur action auprès des électeurs, laissant le champ libre aux accusateurs et aux menteurs de tout poil. Je suis consterné de voir la haine que l’Europe suscite dans pratiquement tous les milieux, mais particulièrement chez les commerçants, qui n’en peuvent plus des réglementations aussi tatillonnes qu’inutiles, et les petits entrepreneurs. L’article de Grosser donne pourtant un bon exemple, avec les escabeaux soi-disant interdits aux travailleurs de moins de 18 ans, de la façon dont l’Europe est accusée à tort de tous les maux, alors que la responsabilité est le plus souvent celle du Gouvernement français, qui en rajoute sur les exigences de Bruxelles.
Désolé de vous paraître trop axé sur La Croix pour mon information, mais il se trouve que ce journal a fait un travail magnifique à l’occasion de ces élections, et est, par contraste, une terrible accusation de nullité pour la plupart des autres quotidiens et hebdomadaires, sans parler des radios et TV, totalement focalisés sur le score du FN, qu’ils ont ainsi largement contribué à favoriser. comme l'ont relevé les experts de Sciences Po qui ont fait l'analyse des résultats dès le 26 mai, l'adhésion des citoyens à l'Europe ne se fera pas sans une information approfondie sur ce que l'Europe apporte dans leur vie quotidienne.
Je vous donne rendez-vous dès que le candidat à la présidence de la Commission désigné par le Conseil européen sera connu. Car alors, si ce n’est pas Juncker, la bagarre avec le Parlement va pouvoir commencer.